Esthétique artificielle

 

Femme pedalant sur un gravel dans le Dombass

L’intelligence artificielle est désormais capable de créer des images en fonction d’une description écrite. Un défi pour les artistes et les illustrateurs.

L’été a vu l’apparition publique de plateformes d’intelligence visuelle artificielle dites “text to image” comme Midjourney, Dall-E 2 d’Open AI, Dream Booth, Imagen de Google, Dream Studio de Stability, ou Make-a-scene de Meta . Vous tapez la description de l’image que vous souhaitez obtenir, et une illustration apparaît. Il fallait environ cinq heures à un humain pour créer une illustration, il faut désormais cinq secondes à un ordinateur. L’approche conceptuelle de Marcel Duchamp est industrialisée. L’intention écrite suffit à l’existence d’une oeuvre.

La résistance des créateurs

Après la force motrice, après les grands traitements productifs du monde des services, les machines s’attaquent aux métiers intellectuels qui pensaient être préservés. Il est désormais envisageable d’imaginer une machine remplacer le processus artistique humain plutôt que d’être simplement assistée par ordinateur. Il faut cependant comprendre ces outils plutôt que les rejeter d’emblée.

Ces modèles d’IA de diffusion latente texte-image ne sont possibles que grâce à des bases d’images conséquentes d’oeuvres d’art, d’illustrations, de jeux vidéo, de films. Le résultat est fondé sur les « médias » disponibles plutôt que sur l’imagination que nous associons à l’art. Ces IA entraînées sur du contenu existant risquent par nature de générer des images présentant des similitudes liées aux sources ou aux contextes culturels de leurs utilisateurs.

Elles ouvrent également des problèmes de propriété intellectuelle lorsqu’elles s’entraînent sur des médias soumis à des droits d’auteur. L’Etat americain vient de refuser la protections des œuvres produites par des IA. Si, elle semble puissante et habile, On peut les détourner et les pieger , à l’exemple d’Olivier Aubert avec ses jeux sur les interdications ou les expérimentations typographiques, d’Etienne Mineur qui illustre la résistance des créateurs face à ces technologies.

Humanité et technologie

David Holz, le créateur de MidJourney, nous explique qu’il n’est pas là pour résoudre un problème « nous sommes juste là à travailler sur des choses qui nous passionnent et à nous amuser ». D’après Holz, MidJourney n’a pas forcément vocation remplacer les artistes, tout en reconnaissant que cela va les « challenger ».

Pour citer Schumpeter, nous assistons à la destruction créative de la créativité. Nous sommes à une frontière entre humanité et technologie. Il est important de s’interroger collectivement sur ces enjeux aux conséquences abyssales. Nottament pour les artistes comme les illustrateurs, les photographes et autres designers pour les travaux courants de communictions.

Publication originale dans les Echos
05 septembre 2022 | Jean-Louis Frechin | Économie & société, science & prospective | Innovation | Tribune |

 

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