Designer la ville à l’heure du numérique

Avec plus de la moitié de la population de la planète actuellement installée dans les villes, un chiffre qui devrait atteindre près de 70 % en 2050, l’organisation des cités doit répondre plus que jamais aux défis de demain.

Par son caractère transversal et son approche holistique, le design centré sur les flux, les phénomènes, les formes, les symboles et l’usage, doit prendre une part active dans la construction de ces environnements complexes en mutation constante.

Il ne s’agit pas seulement de penser les villes pour les rendre plus performantes dans tous les aspects de leurs opérations ou dans une planification, mais il est surtout fondamentalement question de les rendre habitables et de se préoccuper de leurs habitants. 

Les villes les plus avancées dans la réflexion ont déjà intégré le design et le numérique dans leurs projets de développement et de transformation, ainsi Lyon, Melbourne, Sydney ou Helsinki. Des conceptions améliorées et enrichies permettent aux villes de servir leur ambition et d’accroître leur attractivité.

Le design peut s’attacher à tous types de sujets. Ainsi,  les citoyens apprécient leur ville et sa désirabilité selon la qualité offerte dans la mobilité, la sécurité, les services, l’environnement, la culture et la qualité de vie. Quant aux entreprises, elles sélectionnent des environnements porteurs d’opportunités économiques. 

Le numérique comme vecteur de redéfinition de la ville

Telle qu’elle a été approchée ces 10 dernières années, la Smart City n’a pas tant bousculé les villes qu’elle apporté des solutions technologiques à une petite partie des enjeux urbains techniques. Les actions se sont concentrées principalement sur l’amélioration et le monitoring de système, s’apparentant davantage à de l’équipement et du productivisme, et moins qu’aux usages de la ville stricto sensu. En conséquence, la Smart City a été largement envisagée comme une modernisation des villes existantes, de la documentation automatique et de la surveillance de la voirie et des réseaux divers (VRD).

La ville est un écosystème autant culturel qu’économique complexe qui a tout à bénéficier du numérique. Le numérique permet d’améliorer la gestion municipale, la gouvernance, mais aussi la conception et la planification à long terme, mais surtout la fluidité et les services. Omniprésents dans nos vies, comme une évidence, les objets technologiques sont devenus des objets sociaux. Ils matérialisent un mix entre l’espace physique, la dimension sociale et le monde numérique. Ils participent à une prise de distance par rapport à l’objet physique et à sa possession.

Ainsi, à l’exemple de la mobilité et plus précisément celle de la place de la voiture dans la ville peut se poser ainsi : pourquoi posséder une voiture s’il est proposé d’accéder à un service de réservation d’un véhicule en free-floating ou en partage d’usage et autre consommation collaborative (BlaBlaCar, OuiCar, Lime, Moobike) ?

D’une manière plus globale, quelle est la place de la voiture dans un contexte d’offre de mobilité pluri-modale (trottinettes, vélos, monocycles électriques) ? Et au-delà, comment structure-t-on les nouvelles mobilités sans infrastructures ? Comment fait-on identité et signalétique pour organiser le chaos induit par ces nouvelles offres de mobilité qui envahissent les villes? 

Ce défi se porte sur les trottoirs aujourd’hui puisqu’ils accueillent de facto, ou en raison d’une absence de structuration, les différents modes de déplacement. Demain, les véhicules autonomes vont occuper l’espace de circulation, en permanence, car rouler coûtera moins cher que stationner. Les questions sont dès lors celles de la gestion d’objets mobiles qui préemptent l’espace rare disponible.

La conception de l’espace urbain est impactée dans toutes ses dimensions par ces évolutions puisqu’elle consiste à disposer, organiser la ville à partir d’usages plus que en raison de grandes fonctions. Le design urbain repose alors moins sur le dessin d’un objet que sur la création de situations dynamiques.

Cette prise de distance à l’objet tangible pour se rapprocher des services et de situations innovantes sont la cause ou les conséquences de l’existence des plateformes numériques. Elles rendent possible le changement des offres, sans en changer la nature. Le vélo reste un vélo mais il est devenu un service. Les plateformes changent de facto la manière de concevoir l’espace urbain de demain. Il se produit des interactions en constante mutation entre monde physique (la ville) et vie sociale par l’intermédiaire du numérique.

Le numérique est le cœur, le sujet et l’objet de la ville de demain.

L’intelligence urbaine est la rencontre d’infrastructures, de signes, de nouveaux repères légers structurants, d’information éditoriale territoriale et publique disponible sur soi dans son smartphone, d’imprévus et de mouvements, et surtout, de citoyens. Le design intervient alors dans cette convergence de flux et de phénomènes pour bâtir de nouvelles situations urbaines, des services collectifs et collaboratifs.

L’invisible devient alors visible en faisant émerger de nouvelles représentations de la vie dans la ville et par voie de conséquence, permet de faire évoluer les perceptions, la connaissance, la conception.

L’aménagement des villes de demain doit apporter de vraies réponses aux défis qui se sont présentés aux structures de gouvernance: pollution, mobilité, bien-être, loisir, évolution du climat, sécurité, activité économique, etc…

Il s’agira alors pour les concepteurs de « reconquérir un horizon », celui d’un imaginaire pragmatique et dans le même temps suffisamment désirable, afin d’accompagner l’absorption des enjeux et des technologies par la ville ou les phénomènes prennent le pas sur les dispositifs.

Design et numérique doivent maintenir l’homme au cœur de la réflexion urbaine, le laisser maître des possibles tant dans les usages que dans les services et lui offrir de nouvelles capacités d’action.

Une ville numérique, plus humaine que « smart », sera capable de répondre aux attentes de ses habitants pour leur offrir un avenir durable.

source: Eurostat

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