novembre 25, 2014

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René Leduc, né en 1898, autodidacte devenu Docteur es-sciences à 31 ans, fut un vrai génie en matière de techniques aéronautiques.

Inventeur et réalisateur de la tuyère thermopulsive, moteur révolutionnaire, il fut aussi un innovateur dans plus d’un domaine. Détenteur de 40 brevets, dont celui de son propulseur sans pièces mobiles, pour vitesses supersoniques, il lance, sur marché d’État en 1937, le *prototype 010*. Inachevé en 1940, transporté puis terminé dans la clandestinité à Toulouse, il effectue son premier vol, tuyère allumée, piloté par Jean Gonord, le 21 avril 1949, largué d’un *“Languedoc”* à une vitesse suffisante pour amorcer le propulseur. Pour ce moteur en forme de gros “tuyau de poêle”, Leduc dut concevoir l’aviation; le système gigogne pour le “porter” sur le dos du quadrimoteur; la turbine d’alimentation des servitudes du 010; des servocommandes à billes, adoptées par la suite sur les avions de Servanty et de Dassault; la cabine éjectable, montée aussi sur le *“Trident”* et sur le prototype américain B1; le prisme dégageant la visibilité du pilote couché. Il dessine et fait construire la machine permettant de fraiser dans la masse une aile entière qui, en deux demi-coquilles, fait office de réservoir; cette technique se généralisera dans le monde… Il met au point une pompe de carburant de fort débit vingt fois plus légère que celle proposée. Pour se libérer des servitudes du largage en vol, il place sur son sixième prototype, le 022, un réacteur “Atar “ à l’intérieur de sa tuyère, permettant ainsi les décollages autonomes. Malheureusement, en décembre 1957, pour des raisons budgétaires et politiques, le 022 est arrête après 140 vols. La société Leduc doit cesser ses activités au profit de la société Nationale de constructions Aéronautiques du Nord qui, appliquant la technique Leduc, rebaptisée statoréacteur, réalise le *“Griffon II”*.

Celui-ci, piloté par André Turcat, atteindra Mach 2,18 en octobre 1959. Affecté par son éviction, malade, René Leduc meurt le 9 mars 1968. Modeste, intègre, généreux, ingénieur éclectique et clairvoyant, il laisse un riche héritage et un exemple aux industries aéronautiques.

rene leduc 2 René Leducprotoleduc René Leduc

novembre 13, 2014

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L’administration française est nécessaire, utile, mais complexe. Chacun de ses services, « formulaires » ou « formes » sont hétérogènes. À l’heure où le numérique complexifie autant qu’il prétend simplifier les services administratifs, le déficit de représentation cohérente renforce ce sentiment.

Plusieurs réflexions tentent de régler cette complexité écartelée entre différentes démarches : analyse des besoins fonctionnels des SSII, tentatives d’intégration de facteurs humains ou réflexions sociétales de redéfinition des politiques publiques.

Dans notre pays rationnel, une voie est rarement explorée. Celle qui convoque l’intelligence et l’efficacité cognitive de la « forme » des choses : le design. Celui-ci est souvent réduit à une discipline d’habileté et de sensibilité plus que d’intelligence.

Pourtant, de nombreux pays ont instauré, tant en termes d’identité nationale que de documents administratifs, des démarches de cohérence formelle. À l’exemple du « programme d’image de marque du gouvernement » du Canada, qui permet au public de reconnaître facilement les documents fédéraux et d’améliorer le service au public :  « Cela est important pour faire en sorte que les ministères soient redevables envers le public qu’ils servent », justifie le gouvernement canadien. La Poste hollandaise est également reconnue pour la qualité de ses formulaires.

L’ensemble de ces améliorations par intelligence formelle, point de contact direct avec le citoyen, produit par cohérence des changements significatifs et massifs. Imaginons son impact sur le service de la carte nationale d’identité, dont l’usage est efficace, mais qui transpire la technologie plutôt que l’usage et la symbolique de la demande. Il pourrait devenir un modèle d’attention de l’Etat lors de l’acte premier de reconnaissance de la citoyenneté.
L’attention aux « formes du quotidien », comme les évoquait le philosophe Michel de Certeau, est importante. Le design est là pour nous y aider.

Publication originale dans les Echos
21/10/2014 | Jean-Louis Frechin | Économie & société | Innovation | Tribune | LesEcho

juillet 7, 2014

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Pour répondre aux défis qui s’annoncent, innover est devenu une nécessité. L’innovation dite « ouverte » ou « distribuée », popularisée aux Etats-Unis par Henry Chesbrough, depuis 2003, semble être la voie pour redonner un élan créatif aux grandes entreprises. Elle leur propose de ne plus se baser uniquement sur leurs propres recherches, et résulte de collaborations et d’échanges entre start-up, PME et laboratoires de R&D de grands groupes. Inspirée par les modes de contribution de l’« open source », elle en est, dans les faits, très éloignée, car la culture « corporate » et la propriété intellectuelle revendiquées l’en ont radicalement éloignée. Aujourd’hui, elle est parfois transformée en opération de communication, en concours promotionnel ou en (contestable) « crowdsourcing » d’idées non rémunérées. Au-delà de ces dérives, l’innovation distribuée modifie en profondeur les frontières de l’entreprise, jusqu’à la redéfinir par de nouveaux modes d’organisation plus horizontaux et poreux, plaçant les talents intérieurs et extérieurs au centre des processus d’innovation. Pour réussir, l’innovation ouverte doit être organisée sur un échange de valeurs symétrique et réflexif. Lors de Futur en Seine, l’exemple est venu d’Energias de Portugal (EDP). Conçue à sa naissance sur le modèle d’EDF, l’entreprise a décidé, il y a dix ans, « de ne plus rien faire qui n’aurait pas été inventé en interne ». EDP a créé un fonds d’investissement, un incubateur, un concours bien doté pour start-up, ainsi que le premier « fablab » d’entreprise en Europe. Aujourd’hui, l’entreprise réintroduit de la conception et de la production interne en concevant des bornes de recharge « open source » à moins de 1.000 euros, ce qui ne l’empêche pas de mener des recherches lourdes sur l’éolien offshore. Le groupe Oxylane, via sa marque Geonaute, a, quant à lui, inventé une plate-forme et des objets connectés pour le sport dans une conversation permanente avec sa communauté de praticiens. Alors que ces changements sont, désormais, largement engagés sur toute la planète, quels seront nos processus originaux et singuliers qui signeront l’innovation « designed and made in France » ?

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24/06/2014 | Jean-Louis Frechin | Économie & société | Innovation | Tribune | LesEcho

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juillet 1, 2014

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Bienvenue en France ! », déclare Laurent Fabius pour souligner les efforts à faire pour l’accueil des étrangers dans notre pays. En effet, nous avons tous rencontré des touristes mal accueillis, l’étant parfois nous-mêmes. Le défi de l’accueil des touristes vaut également pour celui des Français.
Nous avons tous souhaité bon courage à un employé plutôt que de le remercier, en évaluant la difficulté de sa condition au regard de la nôtre. Notre manière « rude » d’accueillir nécessite certainement de se préoccuper globalement de l’empathie et de l’attention aux personnes dans les échanges.
L’industrialisation des services crée des situations productivistes, qui génèrent des services standardisés et déshumanisés, et souvent des conditions de travail difficiles. Sert-il à quelque chose d’embellir des lieux où les employés ont l’air triste et où l’on est mal reçu ?
Il existe aujourd’hui de nombreux modèles inspirants, qui se préoccupent de la place de l’autre : l’innovation globale avec les Mama Shelter, imaginés par la famille Trigano, qui invente une hôtellerie contemporaine, aimable et abordable. Le nouveau luxe, avec le Français Thierry Teyssier, dont la Maison des Rêves propose des expériences exceptionnelles dans les endroits les plus extraordinaires. Plus modestement, la Boucherie Moderne, dans le 11è arrondissement de Paris, démontre que l’amour du « travail bien fait » engendre sourire, attention et succès.
Le numérique et l’économie du partage sont également un élément de réponse avec des services de conciergerie, d’information ou d’accueil comme le mouvement des Greeters-Parisien d’un jour, où des habitants révèlent les secrets de leur quartier.

Ces exemples relèvent tous de relations publiques actives et réflexives, ils permettent de se rendre compte que les gens ont beaucoup à partager et d’envisager ce que pourrait être un « accueil attentionné ».
C’est une « économie des attentions » qu’il nous faut bâtir. Accueillons-nous bien nous mêmes ; ayons plaisir à faire plaisir, alors peut-être nous accueillerons mieux nos visiteurs.

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20/05/2014 | Jean-Louis Frechin | Économie & société | Innovation | Tribune | LesEcho

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avril 15, 2014

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Connaissez-vous les FabLabs, ce concept d’ateliers numériques collaboratifs qui permettent à leurs membres « d’apprendre en fabriquant » ? Le phénomène prend aujourd’hui de l’ampleur avec plus de cinquante de projets prêts à voir le jour en France. L’un d’entre eux, le NavLab, va bientôt s’implanter à Antibes, innove en ajoutant une spécialisation dans le nautisme en plus des activités d’un fablab classique et d’espaces en co-working.
Je soutiens ce projet car mon rêve est de créer un lieu de ce type, dédié à la course au large et à la classe Mini, les hackers de la course au large sur la base de sous-marin de Lorient.

Bruno Messin, le fondateur et futur « FabManager » du NavLab a eu l’idée d’associer FabLab et nautisme. Bruno est un marin et officier électronique embarqué, qui après avoir parcouru les océans à bord de l’un des plus prestigieux yachts est convaincu du potentiel des technologies de fabrication numérique, et de leurs nombreuses possibilités d’application dans le milieu nautique, il nous présente le NavLab sur son site http://navlab.avitys.com comme « un lieu de rencontre et d’échange autour des techniques de fabrication numérique, mettant à disposition un espace de travail équipé d’un outillage plus classique. Il est ouvert à tous pour expérimenter, apprendre, fabriquer ensemble et partager le savoir-faire. »
Résolument batit autour des communautés de passionnées de la mer, le NavLab sera avant tout un lieu de « co-working » ou l’on « travaille ensemble », et un lieu de partage des connaissances. Il permettra, en proposant toutes sortes d’outils et de moyens, de fabriquer à peu près « tout et n’importe quoi », et d’affiner ses compétences par la pratique et l’échange entre les membres. On y organisera d’ailleurs de nombreuses formations, sur des sujets aussi variés que la menuiserie, la programmation d’automates « OpenSource » (tels que les cartes Arduino), mais aussi la réparation de petit électro-ménager et d’électronique, le travail du textile, la fabrication d’accastillage… Organisées en ateliers, ces formations proposeront des séances pratiques pour apprendre à monter et utiliser une imprimante 3d, un drone, ou son propre système de home cinema !
Les possibilités sont infinies, d’autant plus que le NavLab sera équipé d’un assortiment de machines de fabrication numérique de dernière génération. Ainsi, imprimantes 3D côtoieront découpeuse laser et autre fraiseuse numérique… il est même envisagé d’y installer une découpeuse vinyle et une brodeuse numérique, pour réaliser ses vêtements et ses banderoles ! A ces outils hautement technologiques et pilotés par ordinateur, s’ajouteront une longue liste d’outils plus « conventionnels », tels que ceux que vous pouvez trouver dans votre caisse à outils, capables de travailler le bois, le tissu, le plastique, le papier ou le métal permettant ainsi aux futurs membres du NavLab de réaliser toutes sortes de projets.
Prévu pour une ouverture dans les prochains mois, le NavLab a lancé il y a peu une campagne de financement « participatif » sur la plateforme KissKissBankBank, pour y récolter les quelques 3000€ prévus pour compléter le plan de financement et commencer à fédérer sa communauté autour de ce projet plein de promesses.

Voir le site du NavLab   
Voir la campagne de financement participatif sur Kisskissbankbank

février 3, 2014

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Du CES 2014 au rachat de Nest Labs par Google, les objets connectés déclenchent bien des enthousiasmes. On estime que le nombre d’objets en réseau devrait passer en 2020 à 80 millions, sur un marché estimé à 5 milliards de dollars dès 2015. Nous assistons à la prédiction de Mark Weiser, du Xerox Parc, qui imaginait dès 1988 la disparition des ordinateurs dans les objets du quotidien. Les fictions, les fantasmes et les scénarios autour des objets en réseau et autres objets connectés ont enflammé les esprits sous le nom d’’« Internet des objets ». Celui-ci rassemble différentes dénominations de l’informatique discrète : ubicomp , physical computing, ambiant intelligent (AMI), pervasive computing, machine to machine, (identification automatique des objets) objet connecté, objet relationnelle, etc

Désormais, tout ce qui est connectable sera connecté. L’Internet sort des écrans, et les objets se transforment en services. Les premiers usages s’orientent sur le sport, la santé, le bien-être, la maison, la sécurité et les loisirs. Les entrepreneurs des objets connectés ont compris que l’innovation est désormais tirée par le grand public, car elle vise la multitude des utilisateurs et permet l’éclosion de nouveaux usages imprévus. Dans notre pays spécialiste des services aux entreprises, les succès de Withings ou de Parrot et les propositions de Sen.se avec Mother illustrent les changements sur les manières de concevoir, produire et vendre les « choses ». Le design, indispensable, sert de lien à cet ensemble hétérogène. Pour ces objets en devenir, beaucoup restent encore à imaginer : objets capteurs, objets programmables, objets à comportement… ils vont idéalement fusionner avec la robotique pour proposer des « objets vivants », dont la forme et le comportement varieraient en fonction de l’utilisateur. Ils seront organisés en architectures distribuées afin de les libérer des téléphones. Des plates-formes logicielles permettront à ces objets de cohabiter dans des systèmes ouverts et interopérables, afin d’éviter une multitude de services propriétaires en silo. Ces « NéoObjets » bousculeront les frontières de la chaîne de valeur entre producteur et utilisateur, usage et possession. On ne peut cependant nier que ce secteur engendre parfois des risques pour la vie privée et renforce le sentiment d’aliénation et de la délégation à des objets de choses que l’on sait faire par instinct. Mais le principal risque, moins visible, serait de ne pas être exigeants et pertinents sur ce que nous souhaitons en faire : inventer de nouveaux objets qui nous serviraient plutôt qu’ils ne nous asserviraient.

Jean-Louis Frechin est designer et fondateur de l’agence nodesign.net.

Publication originale dans les Echos
21/01/2014 | Jean-Louis Fréchin | Économie & société | Innovation | Tribune | LesEcho

montre Objets connectés: la renaissance des objets ?
Nouvelle montre communicante (Client Confidentiel) NoDesign 2013

décembre 17, 2013

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La tertiarisation du monde économique et social fait émerger l’idée de « design » des services.
En 1960, ce secteur représentait 40 % de la consommation. Cette proportion est aujourd’hui passée à 60 % – 70 % à la faveur de la mutation numérique. Aujourd’hui, le rapport à la possession évolue. Le consommateur n’achète plus des objets, mais des usages et des expériences. Internet a permis l’émergence de nouvelles offres de valeurs, basées sur la mise en relation et la répartition des moyens utilisés. Ainsi, proposer un service consiste à créer des « situations nouvelles », qui définissent ainsi autant des usages qu’une nouvelle répartition de la valeur. Le design d’un service est la scénographie sensible d’évènements, d’actions et de résultats immatériels. Le designer conçoit pour cela des architectures, des représentations, et des relations afin d’en augmenter l’efficacité, la perception et l’expérience. L’esthétique des services repose plus sur le « bon » que sur le « beau ». Le design de service devient ainsi le nom générique de ce qui n’a pas de forme.

Cependant, comme souvent, l’enthousiasme crée des confusions, de mauvaises réponses à un bon diagnostic. Le design de service est ainsi souvent confondu avec la communication, l’animation de réunions de créativité, l’accompagnement du changement et la croyance que le « client » est désormais le concepteur des offres.

L’avenir des services semble passer par le design et par le numérique. Pour autant, il ne peut pas ne pas avoir de forme. Il serait dommage de se passer des signes, des objets, des espaces ou d’une tradition d’art de vivre pour comprendre, former et incarner ces services. À l’avenir, ces produits ne seront ni des biens ni des services, mais des « NéoObjets », c’est-à-dire des services incorporant des biens issus de la plasticité du numérique et du réseau. Le design des services est ainsi davantage un objectif plus qu’une discipline en tant que telle. Ces nouveaux objets sont parmi les premières contributions du XXI siècle à l’histoire des objets. Travaillons, proposons et innovons à partir de ces perspectives, pour lesquels nous avons des atouts. C’est un enjeu majeur de modernité et de compétitivité.

weme3 Le design et les services ?
Portefeuille urbain numérique.

Publication originale dans les Echos
06/11/2013 | Jean-Louis Fréchin | Économie & société | Innovation | Tribune | LesEcho

décembre 14, 2013

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Formé à l’Ensci, l’idée des ateliers de conception et de fabrication est consubstantielle à ma pratique.
Depuis 7 ans je je suis engagé dans le développement de ces ateliers pour contribuer à revaloriser et a résister à l’abandon de l’industrie comme économie autant que comme culture..
Ainsi avec la Fing, l’association Ping à Nantes et l’Ensci a été lancé le programme FabLabSquare sur ces ateliers d’innovation qui tentent de bouleverser notre culture abstraite et analytique de la conception et d’intégrer l »esprit du numérique dans l’industrie ».
J’ai écrit sur les enjeux de la mutation des pratiques de conception et de fabrication avec le numérique et du Design, dans « Internet casse t’il des briques ? » publié par le Forum d’action Modernité ou FabLab, des usines pour tous ?.

La Ministre Fleur Pellerin à l’écoute des mutations s’était engagée en mode « Bootstrap » sur Twitter.
« @fleurpellerin: Oui, nous voulons des #fablab partout en France. Et pas d’inquiétude, @nodesign, le design aura une place de choix ;)« 

Aujourd’hui, c’est fait. Bravo donc aux porteurs de projet, aux enthousiastes, à ceux qui nous ont rejoints.
Merci à l’État qui a compris autant qu’ils nous a compris.

Le résultat de cette appel s’est déroulé à l’Ensci. j’ai été chargé de représenter son directeur en déplacement à l’étranger. « cohérence et hasard de la vie, parfois »

C’est donc en pensant a la genèse improbable de L’ensci – les Ateliers, à ses personnels, ses professeurs, ses étudiants, à mes amis de la Fing, de Ping et d’Artilec que j’ai du prononcé le discours d’accueil de cette cérémonie.

je vous le livre ici

« Monsieur le Ministre du redressement productif, Madame la Ministre des PME, de l’innovation et du Numérique .

Au nom de Bernard Kahane, je vous la souhaite la bienvenue à l’école nationale de création industrielle – les Ateliers dont le nom signe l’esprit.

Ce jour est important pour nous, car il exprime ce pour quoi nous existons.

« Il ne peut y avoir de développement sans invention, sans risque, sans intelligence. L’homme ne pourra plus, dans une société de savoir généralisé, accepter de travailler sans créer, ni participer aux décisions. « 
– Ainsi parlait François Mitterrand  créateur de l’Ensci, il y a 30 ans.

Ces nouveaux lieux de conception et de fabrication qui nous rassemble aujourd’hui, célèbrent notre mission: Considérer que pour qu’il y ai progrès, il faut mouvement, ainsi que le désir d’aborder le futur comme une opportunité.
A l’aune du changement d’âge que nous vivons, pour innover radicalement, il nous faudra dépasser le connu pour transcender par, au travers, et au-delà les connaissances acquises.
Ces nouveaux lieux transdisciplinaires de fabrication célèbrent l’esprit du numérique: de nouvelles situations de productions de l’intelligence autant qu’une nouvelle manière de faire et produire les choses.
L’intelligence de la main et la pensée comme outil, réconciliée.
Ainsi ces ateliers où le prototype est un outil de conception sont d’abord et avant tout des lieux de création, d’invention, d’innovation et de production qui accélèreront la transformation de nos entreprises, en fera naitre de nouvelles, mais aussi valoriseront les talents. Ils réintroduisent la culture du « Faire » et des « Propositions » que notre pays a quelques peu oubliées.

Nous sommes fiers de voir aboutir les mouvements engagés, il y a prêt de 15 ans.

Jamais notre pays ne s’est enthousiasmé aussi vite pour le changement. C’est parce qu’au-delà des modes, ces organisations innovantes nous parlent, sont contextuelles et culturelles.

Cette « école de fabrique » pour citer Marius Vachon regroupe et rassemble ce que nous sommes:
- Les salons: lieux ou l’on pense,
- Les ateliers: lieux ou l’on fait
- Les cabinets de curiosité: lieux ou l’on partage.

Dans ces lieux, vont être inventé le nouveau plutôt que la production de ce que l’ont connait. Ainsi produits, services, objets connectés, donnés, logiciels, procédés et production flexible numérisée formeront de nouvelles chaines de conception, de distribution, et de fabrication opportunité pour les grandes comme les jeunes entreprises, mais également pour les talents.
Ce Nouveau Monde industriel indissociera industrie et artisanat, c’est-à-dire l’unique et la série; matériel et immatériel, c’est dire les atomes et les octets.
Il alliera industrie, service, numérique, et les Hommes pour proposer les objets et services de demain qui vont autant nous servir que parler de nous.
Le design en est un des moteurs.

Cette maison est donc la vôtre.

Vive les ateliers du Nouveau Monde industriel, vive le numérique, vive le design« 

Nous devons féliciter les lauréats, Artilect (Toulouse), Ecolab , L’Usine.io (Paris), Manchelab, Poblab, le Fablab Calais (Calais), Fablab Orléans, Fablab Val de Drôme, ICIMontreuil, zBis , SmartMaterials, FabClub (Saint-Malo/Paris), leLabFab (Rennes), Fabmake (IRT Jules Verne, Bouguenais).

Maker, oui mais pour quoi « faire » ? Il nous faut donc nous mettre en marche pour effectivement changer la nature de la conception et de l’innovation en France et proposer du désir. Au delà, des enthousiasmes, il va falloir nous remettre au travail, ne pas être dans la pensée magique ou la confusion des genres. C’est une responsabilité énorme, et une opportunité unique.

Jean Louis.

Think Tools 300x212 Résultat de lAAP FabLab...

décembre 14, 2013

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L’annonce de la mission « pour une politique nationale de design » dirigée par Alain Cadix souligne les atouts de cette activité pour revigorer l’attractivité de nos « propositions ». La difficile intégration du design dans les entreprises ne doit pas seulement nous guider pour bâtir cette politique. Nous devons également l’inscrire dans les défis qui se posent à nous..

A l’aune du changement d’âge que nous vivons (numérique, crises multiples, quête de sens…), le designer s’attache désormais autant à concevoir des objets visibles que des situations ressenties où « l’être » remplace « l’avoir », et l’usage la possession. Cependant, celui-ci doit remplir certaines conditions pour aborder ces enjeux.

Le design est une activité de conception et de création qui doit être sollicitée par objectif plutôt que comme spécialiste de la forme : « comment traverser la rivière ? » plutôt que « comment faire un pont ? ». La mission du designer innovant consiste à appréhender l’inconnu et le nouveau. Il s’attachera également à dépasser les silos qui sclérosent notre capacité à innover. Il devra surtout être un pont entre les atouts que l’on attribue généralement à notre pays : d’un côté maîtrise de la complexité et technicité abstraite, de l’autre élégance, impertinence et art de vivre que l’on voit peu dans nos productions.

Le designer innovant devra être un artiste, un stratège, un manager et un ingénieur, ou pour le moins comprendre leurs langages. Il doit aussi être un « maker » et avoir de fortes capacités à réaliser. Ses palettes d’expression s’appuieront sur la création de situations innovantes et sa capacité à les sublimer dans des objets contemporains conçus « pour et avec » les gens et les organisations. Armand Hatchuel, professeur à Mines-Paris Tech, le définit comme « l’homme du progrès du XXI siècle ».

Le nouveau design est donc celui de la synthèse créative. Cette nouvelle ère a commencé. Le designer sera utile s’il aime le futur et accepte les enjeux posés par cette initiative pour tenter de régler la quête éternelle de l’homme à dégager la beauté et le bien de la nécessité. Soyons à la hauteur de cet enjeu tant historique qu’économique.

Alain Cadix Portrait robot du designer innovant

Publication originale dans les Echos
06/11/2013 | Jean-Louis Fréchin | Économie & société | Innovation | Tribune | LesEcho