Portrait-robot du designer innovant

L’annonce de la mission « pour une politique nationale de design » dirigée par Alain Cadix souligne les atouts de cette activité pour revigorer l’attractivité de nos « propositions ». La difficile intégration du design dans les entreprises ne doit pas seulement nous guider pour bâtir cette politique. Nous devons également l’inscrire dans les défis qui se posent à nous..

A l’aune du changement d’âge que nous vivons (numérique, crises multiples, quête de sens…), le designer s’attache désormais autant à concevoir des objets visibles que des situations ressenties où « l’être » remplace « l’avoir », et l’usage la possession. Cependant, celui-ci doit remplir certaines conditions pour aborder ces enjeux.

Le design est une activité de conception et de création qui doit être sollicitée par objectif plutôt que comme spécialiste de la forme : « comment traverser la rivière ? » plutôt que « comment faire un pont ? ». La mission du designer innovant consiste à appréhender l’inconnu et le nouveau. Il s’attachera également à dépasser les silos qui sclérosent notre capacité à innover. Il devra surtout être un pont entre les atouts que l’on attribue généralement à notre pays : d’un côté maîtrise de la complexité et technicité abstraite, de l’autre élégance, impertinence et art de vivre que l’on voit peu dans nos productions.

Le designer innovant devra être un artiste, un stratège, un manager et un ingénieur, ou pour le moins comprendre leurs langages. Il doit aussi être un « maker » et avoir de fortes capacités à réaliser. Ses palettes d’expression s’appuieront sur la création de situations innovantes et sa capacité à les sublimer dans des objets contemporains conçus « pour et avec » les gens et les organisations. Armand Hatchuel, professeur à Mines-Paris Tech, le définit comme « l’homme du progrès du XXI siècle ».

Le nouveau design est donc celui de la synthèse créative. Cette nouvelle ère a commencé. Le designer sera utile s’il aime le futur et accepte les enjeux posés par cette initiative pour tenter de régler la quête éternelle de l’homme à dégager la beauté et le bien de la nécessité. Soyons à la hauteur de cet enjeu tant historique qu’économique.

Publication originale dans les Echos
06/11/2013 | Jean-Louis Fréchin | Économie & société | Innovation | Tribune | LesEcho

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