Le design, un dessein européen

jean-louis Frechin

Le design est une expression singulière de la culture européenne. A l’heure où celle-ci est contestée, il n’est pas inutile de le rappeler. Ainsi pour les ingénieurs-artistes de la Renaissance, le « designo » exprime la dualité entre forme et incandescence, c’est-à-dire entre l’expression d’une oeuvre et la manière dont elle est exécutée. Son dessin et son dessein. Au Nord, le siècle d’or hollandais influence toute l’Europe. En France, les artistes de la Renaissance, puis la politique des manufactures de Colbert organiseront les productions artistiques et décoratives inspirées par les politiques expansionnistes du roi Louis XIV.

Si, historiquement, le design est identifié aux décorateurs et à l’art de vivre, il est également nourri de la pensée des Lumières, des sciences, des arts et des métiers. Au XIXe siècle, en Angleterre, William Morris dénonce le profit et la laideur des objets techniques de la révolution industrielle. En Allemagne, le Bauhaus invente l’esthétique originale de la production industrielle. Dans l’après- guerre, l’Italie croise progrès technologique et style élégant. Dans les pays nordiques, un climat rude et la culture du bois produisent un design illustrant un style de vie. En France, Jacques Viénot théorise le design comme un humanisme. Dans les années 1970, l’école d’Ulm (Allemagne) rationalise les démarches du design industriel, pendant que les designers italiens réclament la nécessité de sens et d’expressivité en réintroduisant l’artisanat comme espace d’expérimentation. Ces démarches ont en commun la volonté de produire le meilleur, à meilleur coût, pour le plus grand nombre. En cela, le design européen se nourrit d’une ambition, du progrès social, de la création, de l’économie et de l’industrie. Il est également indissociable d’entreprises comme Lego, Dyson, Ikea ou Philips, et produit des figures comme Dieter Rams, Philippe Starck, Ettore Sottsass ou Jonathan Ive, entre autres.

La longue évolution du « designo » au design a créé un mot profondément européen, illustrant le meilleur des cultures et du génie du Vieux Continent, dont les talents et les idées enrichissent des entreprises et les organisations du monde entier. C’est un atout qu’il nous faut cultiver et savourer.

Jean-Louis Frechin, Les Echos

Publication originale dans « >les Echos

25/04/2017 | Jean-Louis Frechin | Économie & société | Innovation | Tribune |

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