avril 15, 2014

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Connaissez-vous les FabLabs, ce concept d’ateliers numériques collaboratifs qui permettent à leurs membres « d’apprendre en fabriquant » ? Le phénomène prend aujourd’hui de l’ampleur avec plus de cinquante de projets prêts à voir le jour en France. L’un d’entre eux, le NavLab, va bientôt s’implanter à Antibes, innove en ajoutant une spécialisation dans le nautisme en plus des activités d’un fablab classique et d’espaces en co-working.
Je soutiens ce projet car mon rêve est de créer un lieu de ce type, dédié à la course au large et à la classe Mini, les hackers de la course au large sur la base de sous-marin de Lorient.

Bruno Messin, le fondateur et futur « FabManager » du NavLab a eu l’idée d’associer FabLab et nautisme. Bruno est un marin et officier électronique embarqué, qui après avoir parcouru les océans à bord de l’un des plus prestigieux yachts est convaincu du potentiel des technologies de fabrication numérique, et de leurs nombreuses possibilités d’application dans le milieu nautique, il nous présente le NavLab sur son site http://navlab.avitys.com comme « un lieu de rencontre et d’échange autour des techniques de fabrication numérique, mettant à disposition un espace de travail équipé d’un outillage plus classique. Il est ouvert à tous pour expérimenter, apprendre, fabriquer ensemble et partager le savoir-faire. »
Résolument batit autour des communautés de passionnées de la mer, le NavLab sera avant tout un lieu de « co-working » ou l’on « travaille ensemble », et un lieu de partage des connaissances. Il permettra, en proposant toutes sortes d’outils et de moyens, de fabriquer à peu près « tout et n’importe quoi », et d’affiner ses compétences par la pratique et l’échange entre les membres. On y organisera d’ailleurs de nombreuses formations, sur des sujets aussi variés que la menuiserie, la programmation d’automates « OpenSource » (tels que les cartes Arduino), mais aussi la réparation de petit électro-ménager et d’électronique, le travail du textile, la fabrication d’accastillage… Organisées en ateliers, ces formations proposeront des séances pratiques pour apprendre à monter et utiliser une imprimante 3d, un drone, ou son propre système de home cinema !
Les possibilités sont infinies, d’autant plus que le NavLab sera équipé d’un assortiment de machines de fabrication numérique de dernière génération. Ainsi, imprimantes 3D côtoieront découpeuse laser et autre fraiseuse numérique… il est même envisagé d’y installer une découpeuse vinyle et une brodeuse numérique, pour réaliser ses vêtements et ses banderoles ! A ces outils hautement technologiques et pilotés par ordinateur, s’ajouteront une longue liste d’outils plus « conventionnels », tels que ceux que vous pouvez trouver dans votre caisse à outils, capables de travailler le bois, le tissu, le plastique, le papier ou le métal permettant ainsi aux futurs membres du NavLab de réaliser toutes sortes de projets.
Prévu pour une ouverture dans les prochains mois, le NavLab a lancé il y a peu une campagne de financement « participatif » sur la plateforme KissKissBankBank, pour y récolter les quelques 3000€ prévus pour compléter le plan de financement et commencer à fédérer sa communauté autour de ce projet plein de promesses.

Voir le site du NavLab   
Voir la campagne de financement participatif sur Kisskissbankbank

février 3, 2014

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Du CES 2014 au rachat de Nest Labs par Google, les objets connectés déclenchent bien des enthousiasmes. On estime que le nombre d’objets en réseau devrait passer en 2020 à 80 millions, sur un marché estimé à 5 milliards de dollars dès 2015. Nous assistons à la prédiction de Mark Weiser, du Xerox Parc, qui imaginait dès 1988 la disparition des ordinateurs dans les objets du quotidien. Les fictions, les fantasmes et les scénarios autour des objets en réseau et autres objets connectés ont enflammé les esprits sous le nom d’’« Internet des objets ». Celui-ci rassemble différentes dénominations de l’informatique discrète : ubicomp , physical computing, ambiant intelligent (AMI), pervasive computing, machine to machine, (identification automatique des objets) objet connecté, objet relationnelle, etc

Désormais, tout ce qui est connectable sera connecté. L’Internet sort des écrans, et les objets se transforment en services. Les premiers usages s’orientent sur le sport, la santé, le bien-être, la maison, la sécurité et les loisirs. Les entrepreneurs des objets connectés ont compris que l’innovation est désormais tirée par le grand public, car elle vise la multitude des utilisateurs et permet l’éclosion de nouveaux usages imprévus. Dans notre pays spécialiste des services aux entreprises, les succès de Withings ou de Parrot et les propositions de Sen.se avec Mother illustrent les changements sur les manières de concevoir, produire et vendre les « choses ». Le design, indispensable, sert de lien à cet ensemble hétérogène. Pour ces objets en devenir, beaucoup restent encore à imaginer : objets capteurs, objets programmables, objets à comportement… ils vont idéalement fusionner avec la robotique pour proposer des « objets vivants », dont la forme et le comportement varieraient en fonction de l’utilisateur. Ils seront organisés en architectures distribuées afin de les libérer des téléphones. Des plates-formes logicielles permettront à ces objets de cohabiter dans des systèmes ouverts et interopérables, afin d’éviter une multitude de services propriétaires en silo. Ces « NéoObjets » bousculeront les frontières de la chaîne de valeur entre producteur et utilisateur, usage et possession. On ne peut cependant nier que ce secteur engendre parfois des risques pour la vie privée et renforce le sentiment d’aliénation et de la délégation à des objets de choses que l’on sait faire par instinct. Mais le principal risque, moins visible, serait de ne pas être exigeants et pertinents sur ce que nous souhaitons en faire : inventer de nouveaux objets qui nous serviraient plutôt qu’ils ne nous asserviraient.

Jean-Louis Frechin est designer et fondateur de l’agence nodesign.net.

Publication originale dans les Echos
21/01/2014 | Jean-Louis Fréchin | Économie & société | Innovation | Tribune | LesEcho

montre Objets connectés: la renaissance des objets ?
Nouvelle montre communicante (Client Confidentiel) NoDesign 2013

décembre 17, 2013

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La tertiarisation du monde économique et social fait émerger l’idée de « design » des services.
En 1960, ce secteur représentait 40 % de la consommation. Cette proportion est aujourd’hui passée à 60 % – 70 % à la faveur de la mutation numérique. Aujourd’hui, le rapport à la possession évolue. Le consommateur n’achète plus des objets, mais des usages et des expériences. Internet a permis l’émergence de nouvelles offres de valeurs, basées sur la mise en relation et la répartition des moyens utilisés. Ainsi, proposer un service consiste à créer des « situations nouvelles », qui définissent ainsi autant des usages qu’une nouvelle répartition de la valeur. Le design d’un service est la scénographie sensible d’évènements, d’actions et de résultats immatériels. Le designer conçoit pour cela des architectures, des représentations, et des relations afin d’en augmenter l’efficacité, la perception et l’expérience. L’esthétique des services repose plus sur le « bon » que sur le « beau ». Le design de service devient ainsi le nom générique de ce qui n’a pas de forme.

Cependant, comme souvent, l’enthousiasme crée des confusions, de mauvaises réponses à un bon diagnostic. Le design de service est ainsi souvent confondu avec la communication, l’animation de réunions de créativité, l’accompagnement du changement et la croyance que le « client » est désormais le concepteur des offres.

L’avenir des services semble passer par le design et par le numérique. Pour autant, il ne peut pas ne pas avoir de forme. Il serait dommage de se passer des signes, des objets, des espaces ou d’une tradition d’art de vivre pour comprendre, former et incarner ces services. À l’avenir, ces produits ne seront ni des biens ni des services, mais des « NéoObjets », c’est-à-dire des services incorporant des biens issus de la plasticité du numérique et du réseau. Le design des services est ainsi davantage un objectif plus qu’une discipline en tant que telle. Ces nouveaux objets sont parmi les premières contributions du XXI siècle à l’histoire des objets. Travaillons, proposons et innovons à partir de ces perspectives, pour lesquels nous avons des atouts. C’est un enjeu majeur de modernité et de compétitivité.

weme3 Le design et les services ?
Portefeuille urbain numérique.

Publication originale dans les Echos
06/11/2013 | Jean-Louis Fréchin | Économie & société | Innovation | Tribune | LesEcho

décembre 14, 2013

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Formé à l’Ensci, l’idée des ateliers de conception et de fabrication est consubstantielle à ma pratique.
Depuis 7 ans je je suis engagé dans le développement de ces ateliers pour contribuer à revaloriser et a résister à l’abandon de l’industrie comme économie autant que comme culture..
Ainsi avec la Fing, l’association Ping à Nantes et l’Ensci a été lancé le programme FabLabSquare sur ces ateliers d’innovation qui tentent de bouleverser notre culture abstraite et analytique de la conception et d’intégrer l »esprit du numérique dans l’industrie ».
J’ai écrit sur les enjeux de la mutation des pratiques de conception et de fabrication avec le numérique et du Design, dans « Internet casse t’il des briques ? » publié par le Forum d’action Modernité ou FabLab, des usines pour tous ?.

La Ministre Fleur Pellerin à l’écoute des mutations s’était engagée en mode « Bootstrap » sur Twitter.
« @fleurpellerin: Oui, nous voulons des #fablab partout en France. Et pas d’inquiétude, @nodesign, le design aura une place de choix ;)« 

Aujourd’hui, c’est fait. Bravo donc aux porteurs de projet, aux enthousiastes, à ceux qui nous ont rejoints.
Merci à l’État qui a compris autant qu’ils nous a compris.

Le résultat de cette appel s’est déroulé à l’Ensci. j’ai été chargé de représenter son directeur en déplacement à l’étranger. « cohérence et hasard de la vie, parfois »

C’est donc en pensant a la genèse improbable de L’ensci – les Ateliers, à ses personnels, ses professeurs, ses étudiants, à mes amis de la Fing, de Ping et d’Artilec que j’ai du prononcé le discours d’accueil de cette cérémonie.

je vous le livre ici

« Monsieur le Ministre du redressement productif, Madame la Ministre des PME, de l’innovation et du Numérique .

Au nom de Bernard Kahane, je vous la souhaite la bienvenue à l’école nationale de création industrielle – les Ateliers dont le nom signe l’esprit.

Ce jour est important pour nous, car il exprime ce pour quoi nous existons.

« Il ne peut y avoir de développement sans invention, sans risque, sans intelligence. L’homme ne pourra plus, dans une société de savoir généralisé, accepter de travailler sans créer, ni participer aux décisions. « 
– Ainsi parlait François Mitterrand  créateur de l’Ensci, il y a 30 ans.

Ces nouveaux lieux de conception et de fabrication qui nous rassemble aujourd’hui, célèbrent notre mission: Considérer que pour qu’il y ai progrès, il faut mouvement, ainsi que le désir d’aborder le futur comme une opportunité.
A l’aune du changement d’âge que nous vivons, pour innover radicalement, il nous faudra dépasser le connu pour transcender par, au travers, et au-delà les connaissances acquises.
Ces nouveaux lieux transdisciplinaires de fabrication célèbrent l’esprit du numérique: de nouvelles situations de productions de l’intelligence autant qu’une nouvelle manière de faire et produire les choses.
L’intelligence de la main et la pensée comme outil, réconciliée.
Ainsi ces ateliers où le prototype est un outil de conception sont d’abord et avant tout des lieux de création, d’invention, d’innovation et de production qui accélèreront la transformation de nos entreprises, en fera naitre de nouvelles, mais aussi valoriseront les talents. Ils réintroduisent la culture du « Faire » et des « Propositions » que notre pays a quelques peu oubliées.

Nous sommes fiers de voir aboutir les mouvements engagés, il y a prêt de 15 ans.

Jamais notre pays ne s’est enthousiasmé aussi vite pour le changement. C’est parce qu’au-delà des modes, ces organisations innovantes nous parlent, sont contextuelles et culturelles.

Cette « école de fabrique » pour citer Marius Vachon regroupe et rassemble ce que nous sommes:
- Les salons: lieux ou l’on pense,
- Les ateliers: lieux ou l’on fait
- Les cabinets de curiosité: lieux ou l’on partage.

Dans ces lieux, vont être inventé le nouveau plutôt que la production de ce que l’ont connait. Ainsi produits, services, objets connectés, donnés, logiciels, procédés et production flexible numérisée formeront de nouvelles chaines de conception, de distribution, et de fabrication opportunité pour les grandes comme les jeunes entreprises, mais également pour les talents.
Ce Nouveau Monde industriel indissociera industrie et artisanat, c’est-à-dire l’unique et la série; matériel et immatériel, c’est dire les atomes et les octets.
Il alliera industrie, service, numérique, et les Hommes pour proposer les objets et services de demain qui vont autant nous servir que parler de nous.
Le design en est un des moteurs.

Cette maison est donc la vôtre.

Vive les ateliers du Nouveau Monde industriel, vive le numérique, vive le design« 

Nous devons féliciter les lauréats, Artilect (Toulouse), Ecolab , L’Usine.io (Paris), Manchelab, Poblab, le Fablab Calais (Calais), Fablab Orléans, Fablab Val de Drôme, ICIMontreuil, zBis , SmartMaterials, FabClub (Saint-Malo/Paris), leLabFab (Rennes), Fabmake (IRT Jules Verne, Bouguenais).

Maker, oui mais pour quoi « faire » ? Il nous faut donc nous mettre en marche pour effectivement changer la nature de la conception et de l’innovation en France et proposer du désir. Au delà, des enthousiasmes, il va falloir nous remettre au travail, ne pas être dans la pensée magique ou la confusion des genres. C’est une responsabilité énorme, et une opportunité unique.

Jean Louis.

Think Tools 300x212 Résultat de lAAP FabLab...

décembre 14, 2013

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L’annonce de la mission « pour une politique nationale de design » dirigée par Alain Cadix souligne les atouts de cette activité pour revigorer l’attractivité de nos « propositions ». La difficile intégration du design dans les entreprises ne doit pas seulement nous guider pour bâtir cette politique. Nous devons également l’inscrire dans les défis qui se posent à nous..

A l’aune du changement d’âge que nous vivons (numérique, crises multiples, quête de sens…), le designer s’attache désormais autant à concevoir des objets visibles que des situations ressenties où « l’être » remplace « l’avoir », et l’usage la possession. Cependant, celui-ci doit remplir certaines conditions pour aborder ces enjeux.

Le design est une activité de conception et de création qui doit être sollicitée par objectif plutôt que comme spécialiste de la forme : « comment traverser la rivière ? » plutôt que « comment faire un pont ? ». La mission du designer innovant consiste à appréhender l’inconnu et le nouveau. Il s’attachera également à dépasser les silos qui sclérosent notre capacité à innover. Il devra surtout être un pont entre les atouts que l’on attribue généralement à notre pays : d’un côté maîtrise de la complexité et technicité abstraite, de l’autre élégance, impertinence et art de vivre que l’on voit peu dans nos productions.

Le designer innovant devra être un artiste, un stratège, un manager et un ingénieur, ou pour le moins comprendre leurs langages. Il doit aussi être un « maker » et avoir de fortes capacités à réaliser. Ses palettes d’expression s’appuieront sur la création de situations innovantes et sa capacité à les sublimer dans des objets contemporains conçus « pour et avec » les gens et les organisations. Armand Hatchuel, professeur à Mines-Paris Tech, le définit comme « l’homme du progrès du XXI siècle ».

Le nouveau design est donc celui de la synthèse créative. Cette nouvelle ère a commencé. Le designer sera utile s’il aime le futur et accepte les enjeux posés par cette initiative pour tenter de régler la quête éternelle de l’homme à dégager la beauté et le bien de la nécessité. Soyons à la hauteur de cet enjeu tant historique qu’économique.

Alain Cadix Portrait robot du designer innovant

Publication originale dans les Echos
06/11/2013 | Jean-Louis Fréchin | Économie & société | Innovation | Tribune | LesEcho

octobre 27, 2013

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L’écosystème nautique est un véritable modèle d’innovation !

Vous avez peut-être aperçu une voile à l’horizon pendant vos vacances ? Derrière ces bateaux, il y a une réussite industrielle exemplaire.

Pogo 30

On peut dire que la plaisance française, est «née» entre l’école des Glenans et son engagement social, la victoire d’Éric Tabarly sur la transat anglaise en solitaire de 1964 qui révèle aux Français que la mer pouvait être une étendue d’aventure, de plaisirs et de loisirs et pour finir, les nouveaux matériaux qui permettront une production de voilier populaire.

Ainsi les «Marques» Bénéteau, Jeanneau, Fountaine-Pajot, Archambaultl sont parmi les fleurons des industries nautiques françaises et mondiales. Le constructeur vendéen de bateau de pêche Bénéteau est devenu en 40 ans le leader mondial du secteur. Il a su gérer la montée en gamme qualitative de ses productions au fil des évolutions des marchés. À côté des chantiers, des architectes navals de talents comme les Cabinet VPLP, Finot-Conq, Joubert -Nivelt ou Pierre Rolland, créent des « produits iconiques » et des coursiers reconnus pour leur « synthèse créative » et leurs performances. Il y a également, à côté des chantiers, un écosystème d’équipementiers, à l’exemple des accastillages Karver au design exceptionnel ou des voileries  comme Delta Voiles ou incidence. Le logiciel et le numérique ne sont pas absents avec MaxSea, Adrena, Weather 4D, Virtual Regatta ou l’électronicien NKE,

Aujourd’hui, les industries nautiques sont à un tournant, crises, saturation du parc, renouvellement de génération et des pratiques, et défis de l’export vers l’Est. Il est intéressant dans ce contexte d’observer comment des PME, innovantes et créatives battissent le futur et proposent des produits offrant performance et plaisir extrême à l’exemple de JPK, MaréeHaute, idbmarine ou du dynamique chantier Structure qui produit les Pogos. Ancrés en Bretagne Sud, ce nouveau «cluster productif et créatif », la «Sailling Valley»  est un modèle de développement économique, culturelle, sportif et industrielle dont l’ancienne Base de Sous Marin de Lorient et la Cité Eric Tabarly sont le symbole visible . Beaucoup de ces talents et de ces idées viennent de la «classe mini», des petits bateaux de 6.50 qui sont un véritable laboratoire d’innovation, de conception, mais également une pépinière talents, dont l’esprit,  les propositions et les talents incarnent les prospectives «imprévues» du secteur qui ne sont pas sans rappeler celle des Hackers dans le numérique.

Cette aventure économique est exemplaire, par sa capacité à se renouveler. Elle illustre également l’importance du contexte, de la technologie, de la passion et des symboles pour faire « Industrie » et «culture».  Un modèle d’innovation et de visions économiques et territoriales qui pourrait être une prospective industrielle pour le «made in France»

Pogo 30 Chantier Structure Mise à l’eau du Pogo 30 du chantier Structure a Combrit Sainte Marine
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24/09/2013 | Jean-Louis Fréchin | Développement | Tribune | LesEcho

juin 24, 2013

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La visiophonie (Matra datavision -CNET) vers 1970

Usage, Technologie et Design – Collection Historique Orange

Collection Historique France Telecom - Orange

2 ans après le brevet du téléphone par Alexandre Bell, les revues scientifiques théorisent déjà la diffusion d’images. La plus célèbre de ces visions est celle des français d’Albert Robida et Philox Lorris qui qui décrivait en 1890 dans « Le Vingtième siècle. La vie électrique » les usages des technologies en 1955. Notamment, le téléphonoscope – un appareil qui est capable de transmettre des images dont les fonctions annoncent la télévision moderne, le magnétoscope et les webCam .

La première transmission de téléphone video public (mécanique et electro mécanique) a lieu en Allemagne en 1936 opérés par la German Reichspost (Poste ) entre Berlin and Leipzig. En 1964,  les Bells Labs d’AT&T dévoilent le PicturePhone. Des démonstrations seront réalisées à Disney Land et aux expositions mondiales de 1964 à New York World et de 67 au Canada. Le picture phone d’AT&T’s sera cependant le symbole des grands échecs technologiques par manque d’usages et d’intérêt du public. Cet échec a cependant fait progressé de façon significative la connaissance des sciences télécommunications dans plusieurs domaines. Avec le développement des télécommunications dans les années 70, quelques pays se lancent dans l’aventure. En France,  les Premières études et applications pour la visiophonie, sont réalisées par le CNET (Centre National d’Étude des Télécommunications aujourd’hui OrangeLAb) et France Télécom (Orange). Le fabricant d’électronique Matra  propose ainsi un visiophone. Le CNET et Matra imagine un usage initial pour le secteur des entreprises, pour être ensuite suivi par une utilisation personnelle à domicile. Son coût unitaire estimé en 1971 était l’équivalent de 325 euro, avec un abonnement mensuelle de 3,35 euro. Les premières applications commerciales de visiophonie n’apparaîtront qu’en 1984. Une importante expérimentation eu lieu a Biarritz; 1 300 foyers, 150 lieux institutionnels et 50 sites promotionnels ont été connectés à la fibre optique. Celle-ci leur offrait 15 chaînes de télévision, le téléphone, le Minitel, la vidéo à la demande et le téléphone avec image grâce au fameux visiophone.

Les succès ne seront au rendez-vous, car les débits (2 Mbit/s) exigés pour transmettre l’information vidéo et audio avec qualité ne sont pas au rendez-vous.  Ces problèmes seront résolu par les algorithmes de compression de codage et de compression des images moins coûteuse que les infrastructures et qui feront véritablement chuter les prix.

Quelque soit le nom qu’on lui donne : telectroscope, telephonoscope , Picturephone, Lumaphone, vidéophone, le rêve de parler et de voir ses interlocuteurs ont fait rêver la science-fiction et la science sans toujours rencontrer l’intérêt du public

C’est finalement, avec le développement de l’internet et de la téléphonie mobile que les usages de la visiophonie ont véritablement décollé.

Les essais ont été nombreux, mais finalement assez proches de la vision des auteurs de « Vingtième siècle. La vie électrique » l’avait imaginé…

juin 23, 2013

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Le numérique modifie notre vie quotidienne, nos actions et nos entreprises. Cette transformation redéfinit la façon dont nous « faisons les choses » et impose de nouveaux modes d’organisation, plus horizontaux. L’idée de l’entreprise est née à la fin du XIX e siècle de la nécessité de gouverner et d’inscrire dans le collectif l’invention comme un destin commun. Elle incarnait l’inventivité technique, un collectif de travail, un espace de négociations sociales au service du « progrès » et de recherche de l’innovation pour une rentabilité à long terme. Cette logique s’est brisée dans les années 1980. Comme le rappellent Armand Hatchuel et Blanche Segrestin dans leur livre « Refonder l’entreprise » (La République des idées, Seuil, 2012), ses raisons d’être se sont orientées vers le profit des actionnaires et le court terme. Elle a délaissé le produit et peine à comprendre les mutations contemporaines.

Comment l’entreprise peut-elle redevenir une force de proposition centrée sur le progrès partagé ? A mon sens, les organisations du futur seront tournées vers les hommes, les initiatives et des coopérations appliquées à de nombreux domaines : l’éducation, l’environnement, l’intérêt commun, le travail, le partage, l’idée d’entreprendre, l’innovation sociale… Celles-ci porteront le désir et l’ambition de proposer des produits, des valeurs et de l’attention qui changeront notre quotidien durablement.

Aux Etats-Unis, les « benefice corporations » en sont un exemple. Elles considèrent que les résultats se mesurent autant en termes de profit que d’impact positif sur la société et l’environnement : « Nous ne voulons pas être les meilleurs du monde, mais les meilleurs pour le monde ! » En France, des mouvements comme OuiShare, des entreprises de l’économie du partage, mais également des industriels comme le fondeur Favi ou la biscuiterie Groupe Poult proposent des organisations relevant ces défis.

Ils contribuent à inventer à la fois l’« entreprise du futur »… et le futur de l’entreprise.

Jean-Louis Frechin, est designer, fondateur de nodesign.net et commissaire de Futur en Seine 2013, dont le thème sera « Entreprise(s) du futur ».

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28/04/2013 | Jean-Louis Fréchin | Développement | Tribune | LesEchos

avril 17, 2013

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Les modèles du XXè siècle semblent arrivés à une limite. A l’aube du véritable changement d’âge que nous vivons, il paraît nécessaire de construire et d’inventer de nouvelles « propositions », préférables à celles léguées par le siècle précédent.

Le design semble désormais considéré comme un élément de solution pour accompagner ces mutations. Pour Paola Antonelli, conservatrice au Moma de New York, « le design fait partie des indicateurs qui éclairent et fabriquent le changement culturel que nous vivons ». Il est donc à un tournant de ses pratiques et de ses rôles, mais aussi dans une mutation au regard des responsabilités qu’il se doit d’assumer.

Au-delà de ses actions historiques, le design contemporain s’étendra jusqu’à toucher presque toutes les facettes des activités humaines, la science, l’éducation, l’économie ou la politique. Il sera protéiforme, à l’instar de disciplines comme la physique ou l’architecture. Ainsi, au-delà de leur formation classique, les nouveaux designers devront avoir une vision systémique et des savoirs étendus en termes économiques, technologiques et anthropologiques, ainsi qu’une aptitude à dialoguer avec d’autres disciplines.

Le designer définira des possibles et des propositions. Celles-ci pourront se définir autant comme des visions que comme des pratiques – un dessein et un dessin – pour accompagner les transformations du monde.

On pourra distinguer deux sortes de designers. Les premiers produiront des questionnements et des visions autour de sujets nouveaux, éclairant les opportunités et les risques du futur. Les autres représenteront des situations concrètes (nouveaux objets, services, organisations…) afin qu’entrepreneurs, scientifiques, politiques et grand public puissent agir dessus, les adopter et les produire.

Ces designers ne seront pas solitaires, leur palette d’expression s’appuiera sur une capacité à dialoguer, à «synthétiser» et créer des situations d’intelligences contributives, réflexives et attentionnées «pour et avec» les organisations, la société et les gens.

Cette nouvelle ère a commencé. Le design devient central dans la quête éternelle de l’homme à dégager la beauté et le bien de la nécessité et de la complexité. Notre plus gros défi sera peut-être de convertir les hauts décideurs des entreprises françaises, pour la plupart silencieux sur cet enjeu et ces opportunités.

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09/04/2013 | Jean-Louis Fréchin | Développement | Tribune | LesEchos

avril 8, 2013

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Les zones d’innovation sont souvent dans de grandes villes, comme San Francisco qui est le complément « créatif » de la Silicon Valley. Le développement de ces quartiers, souvent initiés par des artistes, s’organise autour de la recherche de loyers modiques et de lieux attractifs.

A l’exemple des quartiers créatifs de New York, Londres ou Berlin, les clefs de leur succès se trouvent dans l’attraction de talents : communicants, designers, ingénieurs, développeurs, marketeurs, acteurs de la culture, universitaires… Ces « industries créatives », comme on les nomme, sont des ponts entre intelligible et sensible, entre recherche et innovation, entre projet et produit.

Paris a vocation à être un leader des industries créatives et aura bientôt son « quartier numérique », comme l’a annoncé la ministre Fleur Pellerin. Il me semble important d’y dédier des lieux aux entreprises du futur et d’y lier numérique, créativité et productivité. Ce sont donc des situations urbaines nouvelles, des programmations innovantes et des lieux légers et « désirables » qu’il s’agit d’imaginer.

Des plates-formes en réseau qui favoriseront les fertilités croisées pour permettre des productions imprévues. Certains seront nouveaux, d’autres existent déjà ou trouveront place dans des friches, peu importe. Pour réussir, ces lieux devront être multithématiques, multi-usage, multisurfaces et multiobjets : incubateurs pour se lancer, accélérateurs pour se développer ou « agrandisseurs » pour se consolider. Ouverts à toutes les entreprises récentes, anciennes, petites ou moyennes (et aux laboratoires des grandes), ce seront également des lieux de production, grâce à des micro-ateliers de fabrication. Les lieux de convivialité (restaurant, machine à café, babyfoot, concert, salle de sport…) y seront aussi importants que le débit du réseau pour favoriser les échanges et les rencontres.

Bâtiments, quartiers, véritables laboratoires du renouveau économique et urbain, c’est un réseau fertile de lieux multiples, hybrides, pollinisateurs, ouverts, légers et non standards qu’il s’agit de favoriser pour faire de Paris la ville du numérique créatif.

Publication orginale dans les Echos

19/03/2013 | Jean-Louis Fréchin | Développement | Tribune | LesEchos