Discours de remise de l’ONM

« Madame la Ministre, chère Axelle Lemaire

Ce jour est important pour nous, forcément, car il célèbre le design, ici au cœur du Ministère de l’Économie, de l’Industrie ET du numérique… Je vous en remercie, pour nous tous, avec une profonde émotion.

“Nous avons marché à la tête de la révolution des idées, rarement de celle de l’industrie” soulignait déjà en 1886 Marius Vachon, dans son rapport sur la crise industrielle. Durant les 50 années qui suivirent la France fut pourtant le berceau de la majeure partie des inventions du XX siècle naissant. Sans jamais pourtant combler le fossé entre l’art des rois et celui des peuples, c’est-à-dire entre le beau et l’utile entre commode et locomotive, entre culture et industrie. Après guerre, le Concorde, la DS parmi tant d’autres merveilles manifestaient la croyance d’une vie meilleure apportée par le progrès… Curieusement la France a oublié ces “mythologies”, aidée en cela par la lucidité critique qu’elle a en héritage. Ici, ces inventeurs, ingénieurs et scientifiques sont d’abord coupables de cruauté du XX siècle avant d’être des héros. Ce monde bascule en 1969 avec le premier homme sur la Lune, le premier vol du Concorde, du Boeing 747 et la mise en réseau de calculateurs qui signent les débuts de l’internet, mais également les prémices de la désindustrialisation massive qui annonçait, un changement d’époque.

Temps 1: Faire Archi
En 1980, l’architecture bascule entre la nostalgie du courant moderne, les préceptes du Bauhaus, et l’architecture spectacle Post Moderniste. Certains d’entre nous, je l’avoue, avaient l’étrange sensation d’être né trop tard. L’informatique nous occupait, mais programmer pour dessiner représentait une distance qui semblait disproportionnée…

Temps 2 : Les Ateliers
“Il ne peut y avoir de développement sans invention, sans risque, sans intelligence. L’homme ne pourra plus, dans une société de savoir généralisé, accepter de travailler sans créer ni participer aux décisions.“ Ainsi parlait François Mitterrand créateur de l’Ensci, en 1983.
L’ENSCI-les Ateliers, nouveau lieu de création industrielle improbable célèbre la relation entre le faire et la beauté, entre Dessin et Dessein, entre culture technique et culture artistique. L’intelligence de la main et la pensée comme outil, réconciliée. L’Ensci souhaitait réveiller les situations de productions de l’intelligence autant que de la manière de faire et produire les choses. Accueillis dans un lieu singulier, un « atelier » , des designers expérimentés et reconnus professent le projet avec élégance, mais aussi honnêteté, rigueur et bienveillance. Ils inventent la pédagogie de la création industrielle naissante. Des ordinateurs que l’ont ne programment pas nous disaient Hello.

Temps 3 : R&D
Un institut de recherche informatique l’Inescà Lisbonne à le premier en Europe envie de design… un monde s’ouvre ! Il semble finalement que cette époque nous réserve de bonnes surprises.

Temps 4 : L’agence
L’envie de passer à l’acte, aborder tous les sujets, avoir une approche globale, ne jamais rien s’interdire, en pleine guerre du Golfe !
Imaginer l’industrie comme palette de création, aimer les usines, les objets. l’informatique y est un outil qui nous donne du pouvoir, on dirait Empowerment aujourd’hui. Nous avons naïvement tenté de résister à l’abandon de l’industrie comme économie et comme culture, mais à aussi gommer l’infranchissable frontière entre produits et décors, oser croire qu’un produit est aussi un objet de culture qui parle de ce que nous sommes …

Temps 5 : CD Rom culturels à la Française
Changer pour inventer le métier de Design d’interface et d’interaction, devenir auteur, passer d’une informatique outil a une informatique pour tous comme finalité.
Regrouper contenu, technologie et design, recette vertueuse ! Raconter les épopées du XX siècle, la résistance en France, l’aviation, mais aussi les sciences à la manière pédagogique des petits débrouillards. Montparnasse Multimédia a été une école précoce du numérique et de l’innovation.

Temps : 6 ADN
La force d’une intention c’est de savoir ce que l’on veut même si on ne sait pas où l’on va ! En 1998, déjà le numérique n’est plus un simple outil, un secteur économique, une option, une simple destination, mais la fondation d’un changement d’âge plus qu’un âge du changement…
Pour innover radicalement, il nous faudra dépasser le connu pour transcender par, au travers, et au-delà les connaissances acquises. L’Atelier de Design Numérique est crée à l’Ensci pour répondre à ce défi esthétique aussi élevé que celui du Bauhaus, en son temps. Il s’agit moins de former que d’apprendre pour construire les conditions d’une pratique en devenir. Difficile.
Avec l’association la Fondation Internet nouvelle Generation, Fing, nous établirons des conversations entre monde académique, monde marchand, social, des savoirs et de la technique. Pour se rapporter au sujet, le creuser, le fouiller, le prototyper. Ainsi est né le design Numérique.
Enseigner, c’est considérer que pour qu’il y ai progrès, il faut un mouvement, ainsi que le désir d’aborder le futur comme une opportunité.
Si la compréhension et le savoir sont les préalables historiques de nos actions. Agir et faire sont une merveilleuse condition de la création de la connaissance. Engager des élèves dans cette voie est une responsabilité, les croiser aujourd’hui une récompense.

Temps 7 : NoDesign
Pourquoi avoir appelé une agence de design nodesign ? Le beau design est celui qui ne se voit pas. Mais c’est le Nouvel Objet du Design, qui est le défi. L’objet n’y est pas fondamental, ce sont les situations, les relations, les conditions d’émergence et leurs croisements qui restent fondateurs des projets. Les NéoObjets sont transgressifs, ce sont des biens accueillants des services, dont les valeur(s) sont externes. Ainsi produits, services, objets connectés, donnés, logiciels, villes, procédés confondent désormais chaînes de conception, de distribution et de fabrication, l’objet devient interface, l’interface devient objet … Nodesign est une équipe sensible avec des clients qui ressemblent aux héros de l’aviation, et qui produit ses propres projets quand elle s’ennuie.

Temps 8 : cabinets de curiosité
Il se passe des choses en France. Cette nouvelle ‘école de fabrique’ numérique avait besoin de son Exposition, une mise en scène du Futur parce que ‘Les mythes, la poésie, la musique nous adressent des messages que le langage rationnel traduit très mal’ rappelle Edgard Morin.
Ainsi est né ce désir de représentations symboliques et d’ensemble inspirés par les expositions universelles. Comment révéler, exposer, partager la mutation numérique ? Comment partager les opportunités de ce monde en construction avec tous, dans un modèle qui nous ressemble, tel est Futur en Seine…

– Un lieu où l’on pense : des salons.
– Un lieu où l’on fait : des ateliers.
– Un lieu où l’on partage : des cabinets de curiosité.

Mutations numériques
Le Nouveau Monde industriel bouleverse les frontières industrie et artisanat, unique et la série, marchande et non marchande, matérielle et immatérielle, atomes et les octets, travail et métiers, mais aussi distance entre science et technologie. Ce n’est point de transition qu’il s’agit, ni uniquement d’internet, mais d’une mutation continue, permanente, infinie et durable…
Souhaitons-nous passer les 10 prochaines années, à écouter ce que nous avons appris lors des 10 qui viennent de s’écouler ? Réalisons encore une fois notre dessein, notre destin. Pour citer à nouveau Marius Vachon : « Mettons de l’art en tout, dans tout ce que nous faisons… et élevons notre imagination » . Inventons ce projet commun de République avec, grâce et par le numérique qui vous est cher, Madame la ministre, et rappelons nous que comme le disait Nietzsche « nous avons l’art, afin de ne pas périr de la vérité ».

Message personnel
Je suis resté sur le seuil, héritier de la naïveté et de l’émerveillement envers les concepteurs de la DS, du Concorde, ou des pionniers de l’informatique tel Louis Pouzin, mais aussi explorateurs des champs culturels et sensibles profondément attaché à explorer le nouveau grâce au numérique. J’ai peut-être eu la chance de naître à la bonne époque finalement.
Je remercie pour cela mes maîtres Jean Deroche, Marc Berthier, Yves Savinel et Gilles Rozé, et mes compagnons et mentors Stéphane Bureaux, Pierre Raiman, Jean Paul Robert, Alain Cadix, la famille Vidigal, Sylvie Lavaux et les collègues de l’Ensci, Henri Verdier, Uros Petrevski, La Fing, Cap Digital et Les NoDesign

Mais aussi et surtout ma très chère et tendre famille, mes parents, mes enfants, mon épouse et son pays sans qui je serais incomplet.

Merci de l’honneur, que vous me faites Madame la Ministre du Numérique, rien ne pouvait plus profondément nous encourager à poursuivre ces actions et je en vous remercie.

Le Design est la quête éternelle de l’homme de dégager la beauté de la nécessité….Vive le Nouveau Monde industriel, vive le numérique, vive le design, et Vive l’Europe …

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1 Comment

  • Nicolas de benoist
    Absolument génial Jean-Louis, utile, sincère, juste et touchant. Un très bon design en somme :-) Vraiment content d'être passé par là! Félicitations, Nicolas.

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