Posted on juin 9th, 2008 by Jean-Louis Frechin

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L’absence des usages et de la mise en avant des rôles du design, lors des assises du numériques pointent encore une fois le retard de la france en matière de Design. La récente maturité des industries numériques appellent le temps des usages et du design.

Les Objets sont désormais en mutations. D’objets solitaires, ils deviennent des objets de services connectés à des réseaux. Immatériels, ils deviennent des services immateriels. le Web, mais aussi l’UbiComp, l’ambiant intelligent, l’information omniprésente, nouvelle communication bouleversé par . Les TIC Reconfigurent entièrement notre espace individuel et social, elles amènent les concepteurs à s’interroger sur leur rôle dans le futur et à la place accordée au design dans le processus d’innovation.
Le futur est par essence imprévisible. La réflexion prospective pourrait donc être l’art de se tromper. Il n’est pas ici question de prédire les changements qui vont se produire, mais plutôt d’annoncer un changement d’âge et d’en proposer un acteur. Chaque nouveau siècle est marqué par des mutations dans la manière dont l’homme dessine et habite le monde. La production en masse des objets est successivement passée tout au long des XIXe et XXe siècles d’un marché d’équipement à un marché de masse, puis à un marché d’offre. Le progrès technique qui nous promettait un « confort moderne » et une « vie meilleure » a semble-t-il contribué à la banalisation et à la crainte de l’idée même de progrès. Le XXIe siècle confirme la naissance d’un nouveau monde industriel qui célèbre une société basée sur une économie de l’immatériel, des services, des échanges et de la relation. Cette nouvelle société industrielle soulève des questions essentielles dont les réponses vont construire notre futur : Que faire ? Que produire ? Pour quel projet de société ? Aujourd’hui, l’Europe est à un carrefour et se présente comme le futur leader de la société de la connaissance. Selon la stratégie définie lors du sommet européen de Lisbonne, nous sommes dans l’obligation d’innover pour « survivre ». Mais pour y parvenir, faut-il persévérer dans le système tel qu’il aujourd’hui la même voie ou le bien faire évoluer le système actuel ? Il y a, nous le croyons, un espace pour l’invention de nouvelles stratégies d’innovation centrées sur l’homme et intégrant l’intelligence sensible, la création, à partir de nos spécificités, de nos valeurs, de notre culture et de notre histoire. Cette ambition passe par la conception réfléchie de notre projet « humain », social, économique, politique et philosophique. À l’aune des bouleversements induits par le numérique et par la programmation annoncée de la matière et du vivant, il est impératif de se saisir rapidement des possibles de ces technologies pour en faire des « situations » de dialogue sincères, responsables, adéquates et transparentes. L’enjeu porte aujourd’hui sur les formes et les valeurs du monde que nous souhaitons habiter en tant que Français et Européens. Une question se pose donc aux concepteurs : qu’est-ce qu’un « objet technique » ? Plus précisément : comment vivra-t-on et que fera-t-on demain avec lui ?

Nouveaux objets : nouveau design ?
Les Objets du futur seront des objets relationnels, des objets-interfaces, d’informations et de communication. Ils auront à résoudre les questions d’usage et de sens, d’utilité et de durée, de plaisir et de raison. Nous pourrons alors peut-être, à nouveau, aimer et vivre avec ces objets de désirs. Ces situations nouvelles créeront de nouveaux paradigmes de relation, de vécu et d’expérience des individus avec les objets techniques. Nous proposons alors de nommer l’ensemble de ces nouveaux dispositifs utilisant les technologies de l’information et de la communication sous la métaphore de « NéObjet » car ils élargissent le champ traditionnel des objets en y hybridant les notions de situations, de services, d’informations, de relations, de pratiques et de représentations nouvelles. Le « NéObjet », nous interpelle donc sur le plan de son existence même, de son usage, de sa temporalité, de ses représentations, et de ses modes de conceptions, mais aussi sur le plan du politique, de l’économie, de la société, de la philosophie, de la connaissance, de la technique, et de la culture. Il bouleverse les schémas de conceptions et d’innovations. Dans ce nouveau contexte industriel qui se dessine, quel doit être le rôle du design ? Le design est une activité dont il est difficile de définir les contours. Né en Europe, à la fin de la révolution industrielle, du besoin de créer des produits essentiels (en adéquation avec l’homme, son environnement et son époque), le design peut aujourd’hui être considéré comme une « forme de proposition active » basée sur le projet. C’est un dessein. Il offre une approche sensible et humaine ainsi qu’une expertise de médiation transdisciplinaire. Le design, contrairement à la Science n’a pas à répondre à l’exigence de vérité, il doit plutôt faire ressortir une connaissance qui correspond véritablement à l’expérience humaine ; il en est donc complémentaire. Le design porte dans ce cadre, une part de l’univers métasensible qui ne peut, directement, être exprimé par la technique ou par une éventuelle observation des attentes des utilisateurs. Le designer est un innovateur par posture, il est régi par la passion ; et comme créateur, il assume de pouvoir se tromper. Il est à ce titre un facteur d’humanisation des technologies et un catalyseur des pratiques réelles qui permettent la transformation d’une intuition ou d’une problématique en une synthèse créative qui s’incarne dans une solution sensible, sensée, adéquate et désirable. Les nouveaux enjeux humains, technologiques, scientifiques et économiques nous amènent à proposer l’intégration du design au sein d’équipes de recherches et d’innovations scientifiques et techniques. Ce nouveau design devrait être défini comme une activité de création qui appréhende la notion de projet dans une approche globale et transversale, s’attachant à la valorisation du « que produire »  et du « que faire ». Le design serait alors porteur de démarches d’innovations non technologiques, ou d’innovations humaines, par ses capacités à interroger les disciplines et à imaginer, scénariser et formaliser des représentations et des situations issues des technologies, ou de la recherche, en les transformant en produits/services préférables, utilisables et désirables. Le design cristallise un dessein nouveau et important : l’invention de « nouvelles matérialités ». Dans l’espace hypercomplexe qui s’ouvre, le design, « écart entre la technologie, le produit et les pratiques », devient économie politique et fabrique d’imaginaires collectifs. À lui d’en assumer les responsabilités ; c’est un enjeu de modernité et de compétitivité.

Jean-Louis Fréchin Frechin est designer et architecte.(NoDesign) Il est également directeur de l’atelier de design numérique ENSCI-Les Ateliers. Article Publié dans Technology Review No(s) Futur(s) Juin-Juillet 2008

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