L’IA est-elle la nouvelle vapeur ? (edit)

IA :  vers des intelligences autonomes et externalisées qui changeront le travail !

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Watt a contribué à la transformation de la machine à vapeur en un moyen de production d’énergie fiable et économique. Celle-ci fut la source de la Révolution industrielle, qui accru la capacité de production remplaçant la force humaine ou animale dans de nombreuses activités : mines, métallurgie, tissages, minoteries. La vapeur fut également essentielle pour les progrès qui ont suivi dans le domaine des transports et de la mobilité, comme le bateau à vapeur ou le chemin de fer. À la fin du XIX siècle, le pétrole a permis la concentration de l’énergie dans des objets de transports légers à l’exemple de l’automobile ou de l’aviation. L’électricité, troisième étape de cette révolution, a ouvert le chemin au transport propre de l’énergie, mais également ouvert le champ des télécommunications avec le télégraphe électrique et les médias de masse avec la radiodiffusion. Toutes les révolutions que le monde a connues n’ont eu que peu d’effet comparé à ce point de bascule qu’est la machine à vapeur et le télégraphe électrique point de départ et cause des révolutions qui suivirent.

Le taylorisme propose alors une organisation scientifique du travail adaptée à ces bouleversements. Dans celle-ci, l’ouvrier spécialisé est affecté à des tâches spécifiques et dédiées. D’abord remplacé par des machines à la force supérieure, puis par des machines-transferts qui automatisent une succession de tâches ou des séquences répétitives. L’organisation scientifique du travail assimile ainsi l’homme à la particule d’une gigantesque organisation, « homme — machine » parmi les machines.

La deuxième révolution de la machine naît d’un nouvel outil, l’ordinateur. Celui-ci est rapidement devenu personnel et démocratisé. Cependant, si les investissements en matériel informatique continuent d’augmenter, ils sont désormais dépassés par les investissements en logiciel. Nous entrons bel et bien dans une période de dématérialisation, où faire plus avec moins et autrement devient la norme.

Depuis que les hommes se sont dotés d’ordinateurs, ils n’ont eu de cesse de vouloir les programmer pour que les machines excellent aux jeux auxquels ils aiment jouer eux-mêmes. En 1997, ce sont les échecs qui font passer la barrière intellectuelle de la supériorité de la machine sur le cerveau humain. Une grande part de ce que font les cadres aujourd’hui sera automatisée dans le futur proche — nous prédisent des experts chargés de vendre ces technologies ! Les machines géreront la gestion des décisions — des systèmes intelligents, allant de la détermination des prix des billets d’avion, au trading de haute fréquence, jusqu’à l’ordinateur Watson d’IBM qui propose les hypothèses possibles pour la formation des cancers.

Dans les années 1980, le scientifique finlandais, Tuevo Kohonen, invente le modèle de réseau de neurones auto-organisé. Ce réseau est performant dans la classification des données, un terrain où l’homme était irremplaçable jusqu’alors. Ces réseaux ainsi comme tous les autres modèles mathématiques, statistiques, biomimétiques et autres composantes de l’IA sont largement disponibles et diffusés en open source au plus grand nombre. L’IA simple, accessible, est devenue une commodité.
Les machines ne sont plus de simples automates. Elles font désormais de meilleurs choix que les humains, de manière fiable et rapide. Il y a ainsi de moins en moins besoin de travail pour produire une même unité.
Ainsi après avoir appris a calculer, traiter, ordonner, classer (base de données), analyser des données enregistrées dans des mémoires infinies (big data), à cause ou grâce à l’intelligence artificielle ou de l’apprentissage profond (deep learning) les machines commencent analyser en temps reels, proposer des recommandations, à prendre des décisions, faire des prédictions ou effectuer des actions directement en compétition avec les humains. Ainsi, les avions de chasse pilotés par des logiciels sont supérieurs aux meilleurs pilotes de n’importe quelles armées.
On nous a promis dans la société de la connaissance que le travailleur cognitif remplacerait l’ouvrier taylorien, il n’en est rien. L’organisation du travail dans le monde des services a calqué son organisation sur le modèle tayloriste utilisant l’homme pour son adaptabilité plus que pour son intelligence. Les entreprises recherchent des processus automatisables ou récemment grâce à internet, elles les relèguent une grande partie du travail à ses clients.
L’homme devient facilement remplaçable dans les cadres de tâche prédictives valorisant des connaissances stables et les méthodes. L’ère de la lutte de l’homme entre les machines semble à nouveau rouverte. Ces stratégies d’automatisations du travail et de remplacement de l’individu par les machines ne sont plus des options. Elles sont tout aussi inéluctables qu’effrayantes parce que bien ancrées dans la majorité des espaces de recherches et formation des ingénieurs. Atterrissage automatique, métro automatique, usine automatique, tout cela s’insère dans une culture assez ancienne, spécifiquement en France.

Ainsi, pour la première fois depuis les années  80, on observe un phénomène où le PIB des pays les plus développés continue d’augmenter pendant que l’emploi et le revenu médian stagnent ou baissent. Le bénéfice n’est donc ni scientifique ni social, il est économique. Mais si la manière dont on emploie des technologies numériques est bonne pour les entreprises, le sera-t-elle forcément pour les « gens » ? Comme le rappelaient les syndicalistes de Général Motors, lors de la robotisation massive du géant US, les employés sont les premiers clients des produits qu’ils fabriquent. Le retour des « luddites », en quelque sorte.

Dans la communauté scientifique, des personnes de renom comme Steven Hawking tirent déjà la sonnette d’alarme. Nous devrions être plus conscients et responsables quand il s’agit de l’IA et de ce qu’on fait avec. Les « créationnistes » américains anticipent déjà le fait que la technologie proposera des solutions technologiques à l’occupation et la rémunération des humains pour ce qui n’est pour eux qu’un problème de plus à résoudre. Ainsi, pour Nick Hanauer,  «La technologie est la solution aux problèmes humains. Tant que nous ne sommes pas à court de problèmes, nous ne manquerons pas de travail. »
Malgré ses craintes, des opportunités sont au cœur des débats sur l’IA, le président Obama vient à la suite de la publication du rapport « The Administration’s Report on the Future of Artificial Intelligence »
de prendre la parole sur ce sujet : « mon successeur gouvernera un pays transformé par l’IA » et prévoit tout en identifiant les risques d’ investir 80 milliards de Dollars sur ce sujet.

Il a également démontré sa connaissance du sujet dans un échange avec Joi Ito du MIT « Barrack Obama, les réseaux neuronaux, les véhicules autonomes, et le futur du monde »

Dans ces échanges, Joi Ito pointe l’absence d’éthique ou de conscience critique des concepteurs géniaux de l’IA :

« Cela peut être bouleversant pour certains de mes étudiants au MIT, mais une de mes préoccupations est qu’ils sont un groupe de jeunes gens à prédominance masculine, blancs pour la plupart, qui construisent les bases de l’informatique autour de l’IA. Ils sont plus à l’aise pour parler à des ordinateurs qu’a des êtres humains ».

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais, c’est bien le problème de toutes technologies. Elles doivent être partagées, discutées, critiquées.
Les grandes entreprises au cœur des usages de l’IA consciente du problème de peur prennent la parole : pour Yann LeCun : « Il est très facile d’ignorer ou d’exagérer les dangers de l’intelligence artificielle »
Amazon, Google et Facebook lancent un partenariat sur l’éthique de l’Intelligence artificielle, conscient des inquiétudes montantes sur le sujet.
Le Guru, de l’IA de Google Mustafa Suleyman annonce de son côté que « l’IA ne détruira pas d’emploi, mais aidera les hommes». Un discours que l’on a souvent entendu lors de la robotisation de l’industrie ou de l’informatisation des services. Alors devons etre a nouveaux des luddites ou comprendre, partager et débattre de ce qui est en train de se passer ?

Des intellectuels et critiques français prêchent l’apocalypse. Ils sont souvent anticapitalistes, neoluddites et franchement réactionnaires. Ils viennent un peu tard sur ces sujets mais surtout en retard d’une génération technologique, formée historiquement à la critique des totalitarismes, des médias de masse audiovisuels et à la télématique. Ce n’est pas un sujet de bloc, « blanc contre noir ». Il semble que cela soit beaucoup plus complexe que cela. La caricature ne nous aidera pas à comprendre les enjeux en cause. Le débat devrait être plus informé, impliqué et mesuré. On ne condamne pas l’électricité et ses déterminismes en la refusant. On ne pourra supprimer ni internet, ni le big data, ni l’IA ou les algorithmes. Mais on peut se battre pour inventer plutot que subir, établir des communs et des règles de transparence et d’éthique. La France souvent à la tête du dialogue critique est bien armé pour se défendre, quand elle maitrise ses sujets. De nombreux jeunes chercheurs, artistes ou programmeurs sont ainsi éclairants sur les enjeux de ces sujets.

L’Intelligence Artificielle est un formidable objet de recherche scientifique et de construction de système d’analyse permettant nombres avancés. L’IA n’existe que par les applications qui en sont fait. C’est comme toujours son usage industriel, son application au marché, et les forces économiques puissantes qui en déterminent les abus et es limites. Les I.A, chatbots,  ces interfaces de dialogue homme-machine et les programmes et algorithmes qui les animent ne sont pas « ouverts », il est donc difficile de savoir a quoi « pense ces algorithmes », ce qu’ils proposent et comment ils fonctionnent.

L’IA est donc un objet politique comme l’ont été les systèmes opératifs. il est utile de critiquer, subvertir, révéler décrypter, publier, conscientiser les principes algorithmiques nouveaux de ces systèmes.

Alors que les pionniers du numérique militaient pour l’empowerment et l’autonomie des personnes, ce sont les machines décisionnaires qui deviennent le symbole de cette période ! Si un être humain et une machine travaillent ensemble, qui prendra les décisions ? Comment vivre et travailler parmi les robots ? Qui décide et bâtit ses possibles… Sommes-nous condamnés à être réduits par des recommandations sur ce que nous sommes supposés aimer, nous enfermant dans une sorte de caricature de soi-même ? L’homme est désormais en lutte contre les machines, non plus par la force, mais sur le terrain de l’intelligence. Ces apports technologiques bouleversent l’économie, nos existences et encore et toujours le rôle même de l’homme dans le travail. Il donc urgent de décrypter et d’éduquer a l’espace de cognition qui se crée entre homme et machine.
Comme l’évoque Bernard Stiegler. « À présent, la technique réticulaire court-circuite systématiquement tout ce qui contribue à l’élaboration de la civilisation. Ce qui nous arrive de la Silicon Valley vient liquider l’état de droit en tant qu’état délibératif fondé sur des légitimités réfléchies »

Les fascinations pour les possibles et la puissance du capitalisme nous ont-ils amené sous prétexte de mutation vers une monstruosité destructive qui n’a plus aucune capacité à recréer pour tous de la valeur partagée. La question qui se pose à nous n’est pas tant celle de l’Homme augmenté ou de Homme remplacé, mais de la gestion de la transformation en conscience et partagée par tous de notre Humanité. Cette question centrale est celle du progrès. L’innovation technologique ne sera progrès social que s’elle ne se substitue pas au destin de l’humanité.

Notre société est devant un défi de taille comme souvent balancée entre opportunité et risque. Comment se réinventer pour être compétitif sur le marché ? Comment créer des situations respectueuses des hommes ? Comment avec des visions soutenables, imaginer le travail de demain avec le numérique ?

Pour avoir d’autres options, les organisations du futur devront être tournées vers les hommes, l’intelligence, la créativité, l’émotion, l’imprévu, l’inconnu, les initiatives et des coopérations nécessaires entre tous les domaines. La création, l’émotion, la créativité seront des éléments essentiels de distinction de la « singularité humaine », car comme le disait Pascal « le cœur a ses raisons que la raison ne connait point. “
La résolution de ces tensions entre ‘singularité technologique’ et ‘singularité humaine’ dépendra de la manière dont les individus, les entreprises et les politiques dialogueront pour trouver un destin commun, un progrès désiré et un échange critique de l’usage de ces nouvelles technologies, qui comme l’électricité ne sont pas contestable en tant que tel.
Comment éduquer les nouvelles générations au dialogue cognitif avec les machines. Comment valoriser les spécificités et la force cognitive des humains ? Quels désirs ou besoins sociaux ont ces propositions ?

Les organisations, les états, les entreprises doivent donc s’attacher à la compréhension de l’intelligence artificielle dans ses bénéfices, mais ses risques et assumer une responsabilité de transparence.
C’est à nous de décider ensemble et en conscience comment nous allons devoir appliquer et gérer ses effets pour le bien de tous, c’est un sujet éminemment politique. À cet égard, nous avons besoin d’un « parlement des choses » comme le nomme Bruno Latour. Sans refuter les opportunités et les connaissances à produire, éduquons pour être conscient, comprendre et acteur de ce qui se déroule sous nous yeux.

La société civile, le monde éducatif, les artistes, les designers doivent imaginer des organisations apprenantes et agissantes réinventées pour des dialogues critique, des refus ou des subversion.

Le progrès doit porter le désir et l’ambition de valeurs, de projets, de productions qui changeront notre quotidien durablement pour le bien de tous et d’une éthique commune. L’autonomie des choses, vers laquelle nous allons le permettra-t-elle ?

Liens

Apple recrute un spécialiste de l’IA
Intelligence artificielle : 6 principes pour une meilleure collaboration humains-machines.

Gare à la datacratie galopante.

Bernard Stiegler « Nous devons rendre aux gens le temps gagné par l’automatisation »

Google AI invents its own cryptographic algorithm; no one knows how it works

Trop d’innovation, pas assez d’invention

Que n’a-t-on entendu sur l’innovation ! On la définit souvent comme une idée, si possible en rupture, élaborée pour ou par des clients, qui rencontre un marché et permet à l’entreprise de se développer. Cela paraît si simple ! Il y a pour cela pléthore de méthodes de gestion, d’accompagnement et d’attention aux clients. Cependant, si nous sommes nombreux à commenter ce « comment », étrangement la genèse de l’idée initiale, l’acte de création, c’est-à-dire l’« invention », le « que faire », est souvent oublié. Or il n’y a pas d’innovation sans invention. L’innovation consiste à socialiser les inventions, c’est-à-dire ce qui est « nouveau ». Les technologies numériques ont initié de nouvelles manières de faire les choses, par des contributions distribuées (« tous innovateurs »). Celles-ci se concentrent souvent sur la transformation ou l’adaptation numérique de procédés connus.

A l’inverse, les inventions, créations et découvertes se nourrissent des visions singulières, exploratoires et créatives des scientifiques, mais aussi de celles, intuitives et sensibles, des artistes. Aujourd’hui, en France, c’est spécifiquement ce déficit de nouveauté, d’inconnu et donc de risque qu’il nous faut combler pour alimenter les chaînes d’innovation. Un déficit inversement proportionnel à ce qu’ont été nos inventeurs de la fin du XIXe siècle.

Loin du créateur omniscient à l’image de Léonard de Vinci, les inventeurs de demain seront transdisciplinaires, c’est-à-dire qu’ils transcenderont les expertises par des collaborations nouvelles. La force d’une intention, à l’instar de la création, c’est savoir ce que l’on veut, même si on ne sait pas où l’on va ! Nous avons besoin de talents divers et singuliers qui alimenteront les ressources de cette économie de la proposition : scientifiques-entrepreneurs, inventeurs-innovateurs, créateurs ou « self manufacturers » comme les nomme Eric Von Hippel. En résumé, passer de la transformation à des propositions réellement innovantes. C’est notre défi, être à nouveau inventif pour pouvoir innover…

Publication originale dans les Echos
28/06/2016 | Jean-Louis Frechin | Économie & société | Innovation | Tribune |

Discours de remise de l’ONM

« Madame la Ministre, chère Axelle Lemaire

Ce jour est important pour nous, forcément, car il célèbre le design, ici au cœur du Ministère de l’Économie, de l’Industrie ET du numérique… Je vous en remercie, pour nous tous, avec une profonde émotion.

“Nous avons marché à la tête de la révolution des idées, rarement de celle de l’industrie” soulignait déjà en 1886 Marius Vachon, dans son rapport sur la crise industrielle. Durant les 50 années qui suivirent la France fut pourtant le berceau de la majeure partie des inventions du XX siècle naissant. Sans jamais pourtant combler le fossé entre l’art des rois et celui des peuples, c’est-à-dire entre le beau et l’utile entre commode et locomotive, entre culture et industrie. Après guerre, le Concorde, la DS parmi tant d’autres merveilles manifestaient la croyance d’une vie meilleure apportée par le progrès… Curieusement la France a oublié ces “mythologies”, aidée en cela par la lucidité critique qu’elle a en héritage. Ici, ces inventeurs, ingénieurs et scientifiques sont d’abord coupables de cruauté du XX siècle avant d’être des héros. Ce monde bascule en 1969 avec le premier homme sur la Lune, le premier vol du Concorde, du Boeing 747 et la mise en réseau de calculateurs qui signent les débuts de l’internet, mais également les prémices de la désindustrialisation massive qui annonçait, un changement d’époque.

Temps 1: Faire Archi
En 1980, l’architecture bascule entre la nostalgie du courant moderne, les préceptes du Bauhaus, et l’architecture spectacle Post Moderniste. Certains d’entre nous, je l’avoue, avaient l’étrange sensation d’être né trop tard. L’informatique nous occupait, mais programmer pour dessiner représentait une distance qui semblait disproportionnée…

Temps 2 : Les Ateliers
“Il ne peut y avoir de développement sans invention, sans risque, sans intelligence. L’homme ne pourra plus, dans une société de savoir généralisé, accepter de travailler sans créer ni participer aux décisions.“ Ainsi parlait François Mitterrand créateur de l’Ensci, en 1983.
L’ENSCI-les Ateliers, nouveau lieu de création industrielle improbable célèbre la relation entre le faire et la beauté, entre Dessin et Dessein, entre culture technique et culture artistique. L’intelligence de la main et la pensée comme outil, réconciliée. L’Ensci souhaitait réveiller les situations de productions de l’intelligence autant que de la manière de faire et produire les choses. Accueillis dans un lieu singulier, un « atelier » , des designers expérimentés et reconnus professent le projet avec élégance, mais aussi honnêteté, rigueur et bienveillance. Ils inventent la pédagogie de la création industrielle naissante. Des ordinateurs que l’ont ne programment pas nous disaient Hello.

Temps 3 : R&D
Un institut de recherche informatique l’Inescà Lisbonne à le premier en Europe envie de design… un monde s’ouvre ! Il semble finalement que cette époque nous réserve de bonnes surprises.

Temps 4 : L’agence
L’envie de passer à l’acte, aborder tous les sujets, avoir une approche globale, ne jamais rien s’interdire, en pleine guerre du Golfe !
Imaginer l’industrie comme palette de création, aimer les usines, les objets. l’informatique y est un outil qui nous donne du pouvoir, on dirait Empowerment aujourd’hui. Nous avons naïvement tenté de résister à l’abandon de l’industrie comme économie et comme culture, mais à aussi gommer l’infranchissable frontière entre produits et décors, oser croire qu’un produit est aussi un objet de culture qui parle de ce que nous sommes …

Temps 5 : CD Rom culturels à la Française
Changer pour inventer le métier de Design d’interface et d’interaction, devenir auteur, passer d’une informatique outil a une informatique pour tous comme finalité.
Regrouper contenu, technologie et design, recette vertueuse ! Raconter les épopées du XX siècle, la résistance en France, l’aviation, mais aussi les sciences à la manière pédagogique des petits débrouillards. Montparnasse Multimédia a été une école précoce du numérique et de l’innovation.

Temps : 6 ADN
La force d’une intention c’est de savoir ce que l’on veut même si on ne sait pas où l’on va ! En 1998, déjà le numérique n’est plus un simple outil, un secteur économique, une option, une simple destination, mais la fondation d’un changement d’âge plus qu’un âge du changement…
Pour innover radicalement, il nous faudra dépasser le connu pour transcender par, au travers, et au-delà les connaissances acquises. L’Atelier de Design Numérique est crée à l’Ensci pour répondre à ce défi esthétique aussi élevé que celui du Bauhaus, en son temps. Il s’agit moins de former que d’apprendre pour construire les conditions d’une pratique en devenir. Difficile.
Avec l’association la Fondation Internet nouvelle Generation, Fing, nous établirons des conversations entre monde académique, monde marchand, social, des savoirs et de la technique. Pour se rapporter au sujet, le creuser, le fouiller, le prototyper. Ainsi est né le design Numérique.
Enseigner, c’est considérer que pour qu’il y ai progrès, il faut un mouvement, ainsi que le désir d’aborder le futur comme une opportunité.
Si la compréhension et le savoir sont les préalables historiques de nos actions. Agir et faire sont une merveilleuse condition de la création de la connaissance. Engager des élèves dans cette voie est une responsabilité, les croiser aujourd’hui une récompense.

Temps 7 : NoDesign
Pourquoi avoir appelé une agence de design nodesign ? Le beau design est celui qui ne se voit pas. Mais c’est le Nouvel Objet du Design, qui est le défi. L’objet n’y est pas fondamental, ce sont les situations, les relations, les conditions d’émergence et leurs croisements qui restent fondateurs des projets. Les NéoObjets sont transgressifs, ce sont des biens accueillants des services, dont les valeur(s) sont externes. Ainsi produits, services, objets connectés, donnés, logiciels, villes, procédés confondent désormais chaînes de conception, de distribution et de fabrication, l’objet devient interface, l’interface devient objet … Nodesign est une équipe sensible avec des clients qui ressemblent aux héros de l’aviation, et qui produit ses propres projets quand elle s’ennuie.

Temps 8 : cabinets de curiosité
Il se passe des choses en France. Cette nouvelle ‘école de fabrique’ numérique avait besoin de son Exposition, une mise en scène du Futur parce que ‘Les mythes, la poésie, la musique nous adressent des messages que le langage rationnel traduit très mal’ rappelle Edgard Morin.
Ainsi est né ce désir de représentations symboliques et d’ensemble inspirés par les expositions universelles. Comment révéler, exposer, partager la mutation numérique ? Comment partager les opportunités de ce monde en construction avec tous, dans un modèle qui nous ressemble, tel est Futur en Seine…

– Un lieu où l’on pense : des salons.
– Un lieu où l’on fait : des ateliers.
– Un lieu où l’on partage : des cabinets de curiosité.

Mutations numériques
Le Nouveau Monde industriel bouleverse les frontières industrie et artisanat, unique et la série, marchande et non marchande, matérielle et immatérielle, atomes et les octets, travail et métiers, mais aussi distance entre science et technologie. Ce n’est point de transition qu’il s’agit, ni uniquement d’internet, mais d’une mutation continue, permanente, infinie et durable…
Souhaitons-nous passer les 10 prochaines années, à écouter ce que nous avons appris lors des 10 qui viennent de s’écouler ? Réalisons encore une fois notre dessein, notre destin. Pour citer à nouveau Marius Vachon : « Mettons de l’art en tout, dans tout ce que nous faisons… et élevons notre imagination » . Inventons ce projet commun de République avec, grâce et par le numérique qui vous est cher, Madame la ministre, et rappelons nous que comme le disait Nietzsche « nous avons l’art, afin de ne pas périr de la vérité ».

Message personnel
Je suis resté sur le seuil, héritier de la naïveté et de l’émerveillement envers les concepteurs de la DS, du Concorde, ou des pionniers de l’informatique tel Louis Pouzin, mais aussi explorateurs des champs culturels et sensibles profondément attaché à explorer le nouveau grâce au numérique. J’ai peut-être eu la chance de naître à la bonne époque finalement.
Je remercie pour cela mes maîtres Jean Deroche, Marc Berthier, Yves Savinel et Gilles Rozé, et mes compagnons et mentors Stéphane Bureaux, Pierre Raiman, Jean Paul Robert, Alain Cadix, la famille Vidigal, Sylvie Lavaux et les collègues de l’Ensci, Henri Verdier, Uros Petrevski, La Fing, Cap Digital et Les NoDesign

Mais aussi et surtout ma très chère et tendre famille, mes parents, mes enfants, mon épouse et son pays sans qui je serais incomplet.

Merci de l’honneur, que vous me faites Madame la Ministre du Numérique, rien ne pouvait plus profondément nous encourager à poursuivre ces actions et je en vous remercie.

Le Design est la quête éternelle de l’homme de dégager la beauté de la nécessité….Vive le Nouveau Monde industriel, vive le numérique, vive le design, et Vive l’Europe …

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Ce que le numérique doit à la musique

La musique électronique est un précurseur innovant depuis plus de soixante ans. Les musiciens, mathématiciens, ingénieurs ont favorisé les rapports fondateurs entre science et musique, à l’exemple de l’invention des ondes Martenot vers 1930, de l’apparition du synthétiseur dans les années 1970, des machines numériques des années 1980, de la production musicale à la maison jusqu’à l’invention de nouveaux instruments par des créateurs. Une exposition, « ElectroSound », revient sur ces liens étroits entre musique électronique et innovation (Fondation EDF, Paris, du 25 mai au 2 octobre).

L’ordinateur personnel et le numérique sont les pivots de cette histoire. Saviez-vous que l’ordinateur graphique, les logiciels pour créateurs, la synchronisation d’information entre machines, la programmation visuelle et l’écran multi-touch de votre tablette ont été inspirés ou utilisés en primeur par l’informatique musicale, laboratoire d’innovation sociale, artistique et technologique ? La musique a ainsi été le premier « art d’expérimentation » des ordinateurs, machines universelles qui, tout en libérant les créateurs, ont engendré de nouvelles pratiques et pouvoirs de production (« empowerment ») qui ont permis à des amateurs de proposer des alternatives à la production musicale classique, mais également à la fabrication d’instruments. Aujourd’hui, on assiste à l’éclosion de plusieurs « luthiers » électroniques, autant logiciels que matériels – à l’exemple de l’Ircam à Paris avec ses recherches innovantes, des français de Dualo (accordéon révolutionnaire) ou de Touché (interface de contrôle musical ultrasensible), mais également des synthétiseurs du suédois Teenage Engineering ou du très beau clavier Seabord Rise de l’anglais Roli. Cette culture large, riche et diverse est avant tout une histoire singulière de l’innovation. La musique électronique nous raconte la manière inspirante dont les créateurs et les ingénieurs ont façonné les machines, la musique, notre époque, notre culture ou peut-être tout simplement nos vies.

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Publication originale dans les Echos
24/05/2016 | Jean-Louis Frechin | Économie & société | Innovation | Tribune |

Auto autonome

Le futur de l’automobile semble aujourd’hui se dessiner autour de l’écologie, de l’usage plus que de la possession, de l’électricité, du service et, de plus en plus, du véhicule autonome. Science-fiction, rêve d’ingénieur ou éternel mouvement qui exclut les hommes de leur environnement !

Ainsi, après avoir réduit le nombre d’ouvriers des usines, interdit aux clients de réparer leur véhicule, on se propose désormais d’exclure le conducteur du pilotage. En prémices, la Tesla 3 et quelques constructeurs proposent un pilote automatique qui prend en charge certaines tâches précédemment dévolues au conducteur. Eldorado annoncé, ce chemin vers les véhicules autonomes est une bataille entre le nouveau monde numérique et le vieux monde de l’automobile, qui passera par une modification du Code de la route et de celui des assurances.

Mais la véritable question porte sur les usages de ces véhicules. Les consommateurs ont-ils exprimé une envie profonde de voitures autonomes ? Que va-t-on faire à bord ?

Ces véhicules pourront-ils se contenter de l’aménagement intérieur classique ? Les informations données par le véhicule devront rassurer de façon transparente et claire : une voiture n’est pas un A320, et les constructeurs ne nous ont pas encore démontré leur maîtrise des interfaces d’information à bord.

Face à cette auto qui ne serait qu’automatisme et partage, le réel résiste. On ne peut que rappeler que, pour beaucoup, posséder un véhicule est une nécessité. C’est même, pour les jeunes, le premier objet d’autonomie et de mobilité. Il existe également des gens pour qui conduire est un plaisir. L’engouement actuel pour les véhicules anciens ne se dément pas, au point de devenir une valeur financière refuge. Les raisons en sont multiples : symboliques, affectives, esthétiques, sensation de conduite, absence de plastique, réparabilité… Un paradoxe à l’âge de l’usage, qui est peut-être la valeur de la rareté face à l’auto comme commodité. Au-delà du débat entre usage et possession, c’est entre utilité et plaisir, valeur d’usage et valeur affective, concentration insupportable et désert urbain que semble se dessiner le futur de la mobilité individuelle, que nous souhaitons le plus diversifié possible…

Jean-Louis Frechin

Publication originale dans les Echos
05/04/2016 | Jean-Louis Frechin | Économie & société | Innovation | Tribune |

La fin des objets connectés ?

Les objets connectés, si en vogue ces dernières années, semblent avoir atteint leurs limites », déclarait en début d’année Anne-Marie Boutin, présidente de l’APCI, organisatrice de l’Observeur du design dans le monde. Mais faut-il vraiment parler de limites ? Sûrement maladroite, cette critique illustre l’étape où nous sommes situés sur la célèbre courbe Gartner d’adoption des technologies. Ainsi, après l’ère des pionniers et celle des enthousiastes, nous plongeons vers la phase de déception. Gadgétisation de l’offre, maladresse des concepteurs, inadaptation des designers, usages absents, déception sont les reproches que l’on peut faire à la majorité des objets connectés. Qui n’a pas souri en découvrant sur Internet ce film qui nous parle d’un « objet connecté aux aisselles » chargé de voir si nous devrions nous laver !
Proposons ici un certain nombre de pistes : l’étape qui s’ouvre est celle de la maturité, de la consolidation des marchés, mais également de toujours plus d’imagination et de sens. Ces objets ne doivent plus être limités à des capteurs pour compter les pas ou le brossage des dents. Les sciences et les technologies sont une nécessité pour obtenir des mesures plus intéressantes pour des secteurs comme la santé. Ensuite, après avoir mesuré un contexte, les objets vont agir. Grâce à des actionneurs, ils vont devenir actifs et proposer de véritables comportements. La fusion entre objets connectés et robots ouvre de nouveaux champs. Designer un objet connecté devrait être beaucoup plus que le design d’une « boîte » : c’est celui d’un système complet pour tenir la promesse d’un véritable Internet des objets. C’est-à-dire l’information, les services et les fonctions, avec un espéranto, une plate-forme qui va régir et organiser tous ces objets entre eux. Enfin, ces objets ne peuvent être de simples réponses marchandes ou technologiques. Comme le soulignait Jean Baudrillard, les objets ont des rôles beaucoup plus subtils, symboliques et culturels que ce qu’ils nous montrent, et c’est ce qu’il nous faut comprendre. Si beaucoup reste à faire, il est plus juste de parler de naissance d’une industrie que de limites. Heureusement que les pionniers de l’aviation ne se sont pas arrêtés après cinq ans d’efforts !

Publication originale dans les Echos
26/01/2016 | Jean-Louis Frechin | Économie & société | Innovation | Tribune |

Mettre l’humain au coeur des services

Qui n’a pas ressenti une angoisse en allant faire des démarches administratives à cause de règles illogiques, d’informations peu claires, mais surtout d’une absence totale d’empathie envers l’usager ? Qui n’a pas grogné devant des sites d’opérateur de services qui nous assomment de publicité, pendant que nous cherchons simplement à les faire fonctionner ? Si des progrès ont été faits, notamment sur certains sites de services publics, il n’en reste pas moins que de nombreuses organisations publiques ou privées sont avant tout centrées sur elles-mêmes plus que sur les usagers.
Pourtant, le « design de service  » est supposé s’atteler à ces problèmes. Mais les grandes entreprises sont plus fortes pour faire en sorte que les gens aient envie d’un « produit », plutôt que de leur proposer un « produit  » qui leur convienne vraiment. Les méthodes qui prétendent représenter les usages ne proposent que des additions de cas particuliers irréels et caricaturaux. Au final, les résultats de ces démarches reflètent des compromis habiles de gestion de la complexité, d’autopromotion et d’expression des tensions internes à l’entreprise au lieu d’un véritable service.
Des start-up comme le site de voyage Captain Train semblent avoir fait ce constat. Né en 2009 de l’insatisfaction de ses fondateurs envers Voyages-sncf.com, il s’est attaché à créer une expérience simple, belle, bonne, fluide, élégante et efficace pour le voyageur par sa conception. Le numérique, relationnel par nature, doit réinterroger sur la place donnée aux humains, d’abord; aux usagers, ensuite, et aux clients en conséquence, plus que l’inverse.
Le monde pourrait donc se diviser entre, d’un côté, ceux qui créeront des expériences fluides et simples pour les gens; et, de l’autre, ceux qui se contenteront de gérer la complexité. Une fois que le public aura goûté aux premiers, il n’est pas certain qu’il puisse accepter de compromis à son égard. Cette « simplicité by design », applicable à tous les secteurs, est peut être un des secrets d’Uber que nous n’avons pas forcement su voir, mais que tous les usagers sont, désormais, en droit de réclamer.

Publication originale dans les Echos
01/03/2016 | Jean-Louis Frechin | Économie & société | Innovation | Tribune |

Un design à réinventer

Le Royal College of Art de Londres vient d’annoncer la création d’un campus dédié au design, aux sciences et aux technologies, avec l’appui du gouvernement anglais. Il accueillera de nouveaux programmes autour de la robotique, des technologies pour le corps, des matériaux et de la ville.
Cette annonce interroge les caractéristiques françaises de l’enseignement du design. Notre enseignement s’appuie sur trois généalogies fortes : les beaux-arts, devenus arts plastiques, les écoles d’arts et métiers et d’arts décoratifs, devenues écoles d’arts appliqués, parfois regroupés sous la dénomination « art et design ». A cela s’ajoutent des enseignements universitaires basés sur la connaissance. Ces formations aux appellations différentes, dispersées, délivrant différents diplômes, sont toutes déterminées par les ministères qui les gèrent, Culture ou Education. Elles sont relativement imperméables aux sciences, aux technologies ou à l’économie.
L’enseignement français est reconnu pour faire émerger des créateurs et des pratiques d’auteur adossées à une pensée conceptuelle et critique artistique, humaniste, sociologique et philosophique. Entre savoir, art et artisanat, la France a construit un enseignement de qualité, dont il émane cependant une défiance vis-à-vis de l’économie, de la science et de la technologie. Marcel Duchamp ou Gilles Deleuze y sont plus souvent cités que John Maynard Keynes, André Lefèbvre ou Richard Buckminster Fuller. Ce milieu est parfois résistant aux mutations de l’Histoire, qu’il s’agisse de la révolution industrielle ou de celle que nous vivons actuellement. Le designer y est considéré comme un artiste du quotidien et de l’utile, un poète critique ou le descendant des décorateurs mondains des années 1930. L’enjeu, aujourd’hui, est de confronter la qualité de ces formations à des collaborations nouvelles. Si le design est décoration ou regard personnel sur le monde, nous avons ce qu’il nous faut. Si nous souhaitons qu’il joue aussi un rôle fort dans le monde et l’économie de demain, si nous souhaitons que les designers ne soient pas exclus du design, nous devons le rapprocher des technologies qui contribuent à les dessiner. Les Britanniques semblent l’avoir compris. Et nous ?

Publication originale dans Les Echos
08/12/2015 | Jean-Louis Frechin | Économie & société | Innovation | Tribune |

Nouveau

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« Notre caractère est déterminé par l’absence de certaines expériences plus encore que par celles que l’on fait », pensait Friedrich Nietzsche. Nous nous construisons ainsi en symbiose avec les « choses ». Explorer l’inconnu est donc un devoir, produire le nouveau une nécessité vitale. À l’heure où le passé semble être devenu un lieu de repli plutôt que de référence, il y a ce que nous faisons pour vivre, et ce pour quoi nous vivons et existons… Le second temps rattrape toujours le premier. L’aventure, n’est de ne pas tant savoir ou l’on va, de connaitre la vérité, mais d’habiter le nouveau. Ce pourrait être une définition de l’Art, c’est une bonne définition du Design.
Le nouveau, c’est produire ce qui n’existe pas. Ainsi plutôt que d’innovation, osons à nouveau évoquer la création et l’invention. Le design est adapté pour cela, comme l’étude d’une langue étrangère qui te donne confiance et connaissance pour en apprendre d’autres. « Le vrai point d’honneur n’est pas d’être dans le vrai. Il est d’oser, de proposer des idées neuves, ensuite de les vérifier » affirmait à raison l’immense Pierre Gilles de Genes. Aimons le nouveau, à nouveau…

Jean-Louis Frechin, Designer

Texte publié à l’invitation de Gilles Muller  » Les 101 Mots de la créativité «